‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 169 sur 301 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

La scène psttpujoursen Angletierre.— Un cbamp de baiaille. Alarmes. — Entent LE ROI JEAN bt HUBERT»

LE ROI JEAN.—- Comment la journée tourne-t-^Ie pour nous? Oh! dis-le-moi, Hubert.

HUBERT. — ^Mal, j'en ai peur. Comment se trouve Votre Majesté?

LE ROI JEAN.— Cette fièvre, qui me tourmente depuis si longtemps, m'accable tout à fait. Oh ! mon cœur est malade.

(Entre un messager.)

LE MESSAGER. — Scigneur, votre brave cousin, Fauiconbridge, prie Votre Majesté de quitter le champ de bataille, et de lui faire savoir par moi la route que vous prendrez.

LE ROI JEAN. — Dis-lui du côté de Swinstead, à l'abbaye de ce lieu.

LE MESSAGER. — Âyez bou courage : le puissant secours que le dauphin attendait ici a fait naufrage, il y a trois nuits, sur 'les sables de Godwin. Cette nouvelle yient à Tins tant même d'être apportée à Richard. Les Français combattent mollement, et commencent à se retirer.

LE ROI JEAN. — Hélas I cctte cruelle fièvre me consume et ne me laisse pas la force de jouir de cette heurause nouvelle. Marchons vers Swinstead ; qu^on me mette à l'instant dans ma litière : la faiblesse s'est emparé^ de moi, et je me sens défaillir.

(Ils sort^ent.)

Up A-utre endroit 3ur l,e ch^^^p fjç b^^aille. SALISBURT, PEMBBOKE, WGpT.

fiAusBUBï.— Je ne croyais pa» que le fpi cppspry^t .jutant d'amis.

278 LE KOI JEAN.

PEMBROKE. — ^Retournons encore à la charge ; ranimons Tardeur des Français : s'ils échouent, nous échouons aussi.

sALisBURY.— Ce diable de bâtard, ce Faulconbridge, en dépit de tout, maintient à lui seul le combat.

PEMBROKE.— On dit que le roi Jean, dangereusement malade, a quitté le champ de bataille.

(Entre Melun blessé et conduit par des soldats.)

MELUN. — Conduisez-moi vers les rebelles d'Angleterre que j'aperçois ici.

SALISBURY. — Tant que nous fûmes heureux on nous donna d'autres noms.

PEMBROKE.— C'est lo comto de Melun !

SALISBURY.— Blessé à mort.

MELUN. — Fuyez, nobles Anglais. Vous êtes vendus et achetés : retirez- vous des cruels engagements où vous vous êtes eniilés * ; accueillez de nouveau la fidélité bannie. Cherchez le roi Jean et tombez à ses pieds ; car si le Français a l'avantage dans cette tumultueuse journée, il se propose de récompenser les peines que vous vous donnez en vous faisant trancher la tête. Il en a fait le serment, et je l'ai juré avec lui, et d'autres encore l'ont juré avec moi sur l'autel de Saint-Edmonsbury, sur le même autel où nous vous jurâmes ime tendre amitié et un attachement éternel ".

SALISBURY. — Est-il possible? serait-il vrai?

MELUN. — N'ai-je pas devant les yeux la hideuse mort, ne retenant plus qu'un reste de vie qui s'échappe avec mon sang, comme se dissout près du feu la forme d'une

1 Vnthread the rude eye of rehellion : Désenfîlez le cruel trou d'aiguille de la rébellion.

* On répandit en effet que le vicomte de Melun, tombé malade à Londres, sentant les approches de la mort, et pressé par sa conscience, avait fait avertir les Anglais^ qui avaient embrassé le parti de Louis, que le projet de ce prince était de les exterminer eux et leur famille, pour distribuer leurs propriétés à ses courtisans. Ce conte absurde, trop appuyé par l'imprudente préférence que Louis montrait en toute occasion pour les Français, fut très-accrédité, et contribua singulièrement à la défection des Anglais.

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