ACTE V, SCÈNE II
LOUIS. — Dehors ou dedans, je ne m'en retournerai point que mon entreprise ne soit couronnée de toute la gloire qui a été promise à mes vastes espérances avant que j^eusse rassemblé cette brillante élite de la guerre, que j'eusse choisi dans le monde entier ces ardents courages, pour marcher le front haut à la conquête, et conquérir le renom jusque dans la gueule du péril et de la mort. {Une trompette sonne,)— Be quoi vient nous sommer cette vigoureuse trompette?
(Entre le Bâtard avec une suite.)
LE BATARD. — En vcrtu du droit des gens, je dois avoir audience; je suis envoyé pour vous parler.— Monseigneur de Milan, je viens de la part du roi apprendre comment vous avez traité pour lui ; et, selon ce que vous me répondrez, je saurai dans quelle étendue et dans quelles limites je dois renfermer mes paroles.
PANDOLPHE. — Le dauphin est trop obstiné dans ses refus, et ne veut accorder aucune trêve à mes instances, n répond nettement qu'il ne quittera point les armes.
LE BATARD.— Par tout lo saug qu'a jamais pu respirer la fureur, le jeune homme a bien répondu. Maintenant écoutez notre roi d'Angleterre, car c'est ainsi que Sa Majesté parle par ma bouche : il est tout prêt, et c'est bien raison qu'il le soit ; il se rit de cette singerie d'attaque sans aucune espèce d'étiquette, de cette mascarade militaire, de cette imprudente orgie, de cette audace imberbe et de ces bataillons d'enfants ; et il est bien préparé à chasser, le fouet à la main, de l'enceinte de ses domaines, cette guerre de nains, ces pygmées en armes. Cette main qui a eu la force de vous fustiger à votre porte même et de vous faire sauter sur les toits, qui vous a obligés de plonger comme des seaux dans vos puits les plus cachés, de vous tapir sous la htière du plancher de vos écuries, de demeurer enfermés comme des pions dans des coffres et des caisses, de vous tenir serrés contre les pourceaux, et de chercher la douce sûreté dans les tombeaux et les prisons, frissonnant et tremblant au seul cri des corbeaux de votre pays dont vous preniez la voix pour celle d'un Anglais armé; cette
main victorieuse qui vous a châtiés dans vos maisons sera-t-elle ici plus faible? Non; sachez que notre vaillant monarque a pris les armes, et que, comme l'aigle, il plane au-dessus de son aire pour fondre sur Timportun qui approche de son nid. — Et vous, hommes dégénérés, rebelles ingrats ; vous, Nérons sanguinaires, qui déchirez le sein de l'Angleterre, votre bonne mère, rougissez de honte : vos femmes, vos filles au pâle visage, semblables à des amazones, s'avancent d'un pas léger à la suite des tambours ; elles ont changé leurs dés en gantelets de fer, leurs aiguilles en lances, et à la douceur de leur cœur ont succédé des inclinations martiales et sanguinaires.
LOUIS.— Finis là tes bravades, et tourne le dos en paix. Nous convenons que tu peux l'emporter sur nous en injures. Bonsoir; nous tenons notre temps pour trop précieux pour le perdre avec un pareil braillard.
PANDOLPHE. — Permettez-moi de parler.
LE BATARD. — Nou, c'ost moi qui vais parler.
LOUIS. — Nous n'écouterons ni Tun ni Tautre. — Battez le tambour, et que la voix de la guerre établisse la légitimité de nos droits et de notre présence.
LE BATARD. — Oui, saus douto, VOS tambouTs vont crier quand vous les battrez, et vous en ferez autant quand vous serez battus. Que le bruit d'un de tes tambours réveille seulement un écho, et dans le même instant un autre tambour déjà suspendu te renverra un son tout aussi bruyant que le tien. Fais-en retentir un autre, et un second ira aussi bruyant que le tien ébranler l'oreille du firmament, et insulter le tonnerre à la bouche sonore. Ne se fiant pas à ce légat qui boite des deux côtés et dont il s'est servi par jeu plutôt que par nécessité, le belhqueux Jean est là tout près : sur son front siège la mort aux côtes décharnées, dont l'occupation sera aujourd'hui de se régaler de milliers de Français.
LOUIS. — Battez, tambours, que nous allions chercher ce danger.
LE BATARD. — Et tuletrouveras,dauphin, n'en doute pas.
(Ils sortent.)