ACTE I9 SCÈNE I
courage! — Thomas de Norfolk, que réponds-tu à cela?
NORFOLK.— Oh ! que mon souverain veuille détourner son visage et commander à ses oreilles d'être sourdes un instant, jusqu'à ce que j'aie appris à celui qui déshonore son sang à quel point Dieu et les gens de bien détestent'un si exécrable menteur.
RICHARD. — Mowbray, nos yeux et nos oreilles sont impartiales : fût-il mon frère, ou même l'héritier de mon royaume, comme il n'est que le fils du frère de mon père, je le jure par le respect dû à mon sceptre, cette parenté qui lallie de si près à notre sang sacré ne lui donnerait aucun privilège et ne rendrait point partiale l'inflexible fermeté de mon caractère intègre. Il est mon sujet, Mowbray, toi aussi ; je te permets de parler librement et sans crainte.
NORFOLK. — Eh bien ! Bolingbroke, à partir de la basse région de ton cœur, et à travers le traître canal de ta gorge, tu en as menti. De cette recette que j'avais pour Calais, j'en ai fidèlement remis les trois quarts aux soldats de son Altesse : j'ai gardé l'autre de l'aveu de mon souverain, qui me devait cette somme pour le reste d'un compte considérable dû depuis le dernier voyage que je fis en France pour aller y chercher la reine. Avale donc ce démenti. — Quant à la mort de Glocester... je ne Tai point assassiné : seulement j'avoue à ma honte qu'en cette occasion j'ai négligé le devoir que j'avais juré de remplir.— Pour vous, noble lord de Lancastre, respectable père de mon ennemi, j'ai dressé une fois des embûches contre vos jours, crime qui tourmente mon âme afiDdgée ; mais avant de recevoir pour la dernière fofs le sacrement, je l'ai confessé, et jai eu soin d'en demander pardon à Votre Grâce, qui, j'espère, me l'a accordé. Voilà ce que j'ai à me reprocher. Pour tous les autres griefs qu'il m'impute, ces accusations partent de la haine d'un vilain, d'un traître lâche et dégénéré, sur quoi je me défendrai hardiment en propre corps : je jette donc à ce traître outrecuidant mon gage en échange du sien; je lui prouverai ma loyauté de gentilhomme, aux dépens du meilleur sang qu'il renferme dans son sein ; et pour
POft BIOHARD II.
ce faice proiQpten^ent, je conjure sincèrement Votre Altesse de nous assigner le jour de Tépreuve.
RICHARD. — Gentilshommes enflammés de colère, laissez-n^oi vous diriger : purgeons cette bile sans tirer de sang. Sans être médecin, yoici pe que je prescris : un ressentiment profond fait de trop profondes incisions ; ainsi donc, oubliez, pardonnez, terminez ensemble et réconciliez-vous ; nos docteurs disen); que ce n'est pas la saison de saigner.— Mon bon oncle, que cette querelle finisse où elle a commencé; nous apaiserons le duc de Norfolk; vous, calmez votre fils.
GApNT. — Il convient assez à mon âge d'être un médiateur de paix. — Jette à terre, mon fils, le gage du duc de Norfolk.
RICHARD. — ^Et toi, Norfolk, jette à terre le sien.
GAUNT. — Eh bien, Henri, quoi? L'obéissance commande ; je ne devrais pas avoir à te commander deux fois.
.RICHARD. — Allons, Norfolk, jette-le, nous l'ordonnons: cela ne sert de rien.
NORFOLK.— C'est moi, redouté souverain, qui me jette à tes pieds : tu pourras disposer de ma vie, mais non pas de ma honte ; la première appartient à mon devoir ; mais je De te livrerais pas, pour en faire un usage ,déshonoraut,.ma bonne renommée, qui en dépit de la mort vivra sur mon tombeau. Je suis ici insulté, accusé, conspué, percé jusqu'au cœur du trait empoisonné de la calomnie, sans pouvoir être guéri par aucun autre baume que par le sang du cœur d'où s'est exhalé le venin.
lucHARD. — Il faudra bien que cette rage se contienne. Donne-moi son gage : les lions apprivoisent les léopards.
NORFOLK. — Oui, mais ils ne peuvent changer leurs taches. Effacez mon déshonneur, et je cède mon gage. Mon cher maître, le trésor plus pur que puisse donner cette vie mortelle, c'est une réputation sans tache: dépouillés de ce bien, les hommes ne sont plus qu'une terre dorée, une argile peinte. Le diamant précieux enfermé sous les dix verrous d'un coffre-fort, c'est un esprit hardi