‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 180 sur 301 · ACTE I^ SGÈSTË II · texte numérisé non relu

ACTE I^ SGÈSTË II

dans ua cœuf loyal. Mon honneur est ma irie, taus deux existent conjointement : si tu m'ôtes Thonneur, je n'ai plus de vie. Ainsi mqn cher souverain, laisse-moi dé* fondre mon honneur; c'est par lui que je vis, et je mourrai pour lui.

RicfiARD. — Cousin, jetez votre gage; commencez le premier.

BOLiNGBROKE. — Que Dieu préserve mon âme d'un si horrible péché I Me montrerai-je le front humilié à la vue de mon père, et démentirai-je ma fierté par la crainte d'un pâle mendiant, devant ce lâche que j'ai bravé? Avant que ma langue outrage mon honneur par une indigne faiblesse, et se prête à une si honteuse composition, ines dents déchireront le servile instrument de la crainte renégate, et le cracheront sanglant pour compléter ôa honte, là où siège la honte, à la face de Mowbray.

RICHARD. — Nous uo sommcs pas nés pour solliciter, mais pour condamner. Puisque nous ne pouvons vous rendre amis, soyez prêts, le jour de Saint-Lambert, à répondre sur vos vies : c'est là que vos épéeset vos lances décideront les débats toujours grossissant de votre haine obstinée. Puisque nous ne pouvons vous adoucir, nous verrons la justice manifester par la victoire de quel côté se trouve l'honneur. — Maréchal, ordonnez à nos officiers d'armes de se tenir prêts pour diriger ce combat domestique.

La scène est toujours à Londres, dans le palais du duc de Laocastre.

BtUrent GAtJNT, LA DUCHESSE DE GLOCESTER.

GAiJNT. — ^Hélas 1 cette part que j'avais dans le sang de ôlocester me sollicite plus fortement que vos cris à poursuivre les bouchers de sa vie. Mais puisque le châtiment

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réside dans les mains qui ont fait le crime que nous ne pouvons punir, remettons notre cause à la volonté du ciel, qui, lorsqu'il en verra les temps mûrs sur la terre, fera pleuvoir sa brûlante vengeance sur la tête des coupables.

LA DUCHESSE DE GLOCESTER.— Quoi! la qualité de frère ne trouvera pas en toi un aiguillon plus pénétrant? ton vieux sang n'a pas conservé vivante ime étincelle d'affection ? Les sept fils d'Edouard, au nombre desquels tu te comptes, étaient comme sept vases de son sang sacré, comme sept belles branches sorties d'une seule racine : quelques-uns de ces vases ont été desséchés par le cours de la nature *; quelques-unes de ces branches ont été tranchées par la destinée: mais Thomas, mon cher époux, ma vie, mon Glocester, ce vase rempli du sang d'Edouard, a été brisé sous la main de la haine et de la sanglante hache du meurtre, sa précieuse liqueur s'est épanchée: cette branche florissante de là très-royale souche a été coupée, et les feuilles de son été se sont flétries. AhlGaunt, son sang était le tien: c'est delà couche, c'est du flanc, de la matière, de la substance même qui t*ont formé qu'il avait tiré son existence ; et quoique vivant et respirant, tu as été assassiné en lui. C'est à beaucoup d'égards consentir à la mort de ton père que de voir ainsi mourir ton malheureux frère, qui était la représentation de la vie de ton père. N'appelle point cela patience, Gaunt, c'est du désespoir. En souffrant ainsi qu'on égorge ton frère, tu montres à découvert le chemin qui conduit à ta vie, tu instruis le meurtrier farouche à t'assassiner. Ce que dans les hommes du bas étage nous appelons patience est dans un noble sein une froide et tranquille lâcheté. Que te dirai-je enfin? Pour mettre ta vie en sûreté, le meilleur moyen c'est de venger la mort de mon Glocester.

GAUNT.— Cette causé est celle du ciel, car le délégué dû ciel, son lieutenant oint devant sa face, est l'auteur de la mort de Glocester: lorsqu'il commet le crime, la vengeance en est au ciel; pour moi, je ne puis lever un bras irrité contre son ministre.

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