‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 185 sur 301 · ACTE I, BCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, BCÈNE III

écolier. Votre arrêt n'est donc antre chose que celui d'une mort silencieuse qui prive ma langue de la faculté de parler son idiome naturel.

RICHARD. — Il ne te sert de rien de tè plaindre. Après notre sentence, les lamentations viennent trop tard.

NORFOLK, se retirant, — Je vais donc quitter la lumière de mon pays, pour aller habiter les sombres ténèbres d'une nuit sans fin.

RICHARD. — ^Reviens encore, et emporte avec toi un serment. Posez sur notre épée royale vos mains exilées ; jurez par l'obéissance que vous devez au ciel (et dont la part qui nous appartient vous accompagnera dans votre bannissement) *, de garder le serment que nous vous faisons prêter, que jamais dans votre exil (et qu'ainsi le ciel et l'honneur vous soient en aide) vous ne vous rattacherez Tun à l'autre par TafFection ; que jamais vous ne coniSentirez l'un l'autre à vous regarder ; que jamais, ni par écrit, iii par aucun rapprochement, vous n'éclaîrcirëz la sombre tempête de la haine née entre vous dans votre patrie; que jamais vous ne vous réunirez à dessein pour tramer, combiner, comploter aucun acte domma^ geable contre nous, nos sujets et notre pays.

BOLiNasROKE. — Je le jure.

NORFOLK. — Et moi aussi, je jure d*observer tout cela.

BOLiNGBROKÉ. — Norfolk, je puis t'adresser encore ceci comme à mon ennemi : à cette heure, si le roi nous l'avait permis, une de nos ânles serait errante dans les airs, bannie de ce frêle tombeau de notre chair comme notre corjbs est maintenant banni de ce pays. Confesse tes trahisons avant de fuir de ce royaume : Tu as bien loin â allet; n'emporte pas avec toi le pesant fardeau d'ime âme coupable.

NORFOLK. — Non, Bolingbroke; si jamais je fus un traître, que mon nom soit eHacé du livre de vie, et moi

• Oiir part therein we hanish with yowsèlves.

Les commentateurs ont cru yoir dans ce vers que Richard les déliait en les bannissant de l'obéissance qu'ils lui devaient; il paraît clair, au contraire, que s'il bannit avec eux l'obéissance qu'ils lui doivent, c'est pour qu'elle les accompagne.

banni du ciel comme je le suis d'ici. Mais ce que tu es, le ciel, toi et moi nous le savons, et je crains que le roi n'ait trop tôt à déplorer ceci. — Adieu, mon souverain. Maintenantje ne puis plus m'égarer: excepté la route qui ramène en Angleterre, le monde entier est mon chemin.

(H sort.)

RICHARD.— Oncle, je lis clairement dans le miroir de tes yeux le chagrin de ton cœur : la tristesse de ton visage a retranché quatre années du nombre des années de son exil. (A Bolingbroke.) — Après que les glaces de six hivers se seront écoulées, reviens de ton exil, le bienvenu dans ta patrie.

BOLiNBROKE. — Qucl loug espacc de temps renfermé dans un petit mot 1 Quatre traînants hivers et quatre folâtres printemps finis par mx mot ! Telle est la parole des rois.

GAUNT.— Je remercie mon souverain de ce que, par égard pour moi, il abrège de quatre ans TexiJ de mon fils ; mais je n'en retirerai que peu d'avantage, car avant que les six années qu'il lui faut passer aient changé leurs limes et fait leur révolution, ma lampe dépourvue d'huile et ma lumière usée par le temps s'éteindront dans les années et dans une nuit étemelle ; ce bout de flambeau qui me reste sera brûlé et fini, et l'aveugle Mort ne me laissera pas revoir mon fils.

RICHARD. — Pourquoi, mon oncle? Tu as encore bien des années à vivre.

GAUNT. — Mais pas une minute, roi, que tu puisses me donner. Tu peux abréger mes jours par le noir chagrin, tu peux m'enlever des nuits , mais non me prêter un lendemain. Tu peux aider le temps à me sillonner de vieillesse, mais non pas arrêter dans ses progrès une seule de mes rides. S'agit-il de ma mort, ta parole a cours aussi bien que lui : mais mort, ton royaimie ne saurait racheter ma vie.

RICHARD. — Ton fils estîbanni d'après une sage délibération dans laquelle ta voix même a donné son suffrage. Pourquoi donc maintenant semblés -tu te plaindre de notre justice ?

GAUNT. — Il est des choses qui, douces au goût, sont

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