SCÈNE IV
La scène est toujours à Coventry,— Un appartement dans lo château du roi.
Entrent LE ROI RICHARD, BAGOT et GREEN, ensuite AUMERLE.
RICHARD. — Oui, nous ndus en sommes aperçus.— Cou-
^ Johnson a voulu supposer ici quelque erreur de copiste dans la distribution des actes, et, d'après une nouveUe disposition qu'a suivie Letourneur, il fait commencer au retour d'Aumerle le second acte, que les anciennes copies ne font commencer qu'à l'arrivée du roi à Ely. Il se fonde sur ce qu'il faut bien donner au vieux Gaunt le temps d'accompagner son fils, de revenir et de tomber malade. Mais d'abord, Gaunt n'accompagne point son fils; il le met seulement en chemin (onthe way); ensuite on peut supposer autant de temps que l'on voudra entre la troisième et la quatrième scène du premier acte, autant du moins qu'il en faut pour le retour d'Aumerle et la nouvelle de la maladie du vieux Gauni, qui, nous dit-on, a été pris subitement. La distribution des actes telle qu'on la trouve dans les anciennes éditions a du moins l'avantage de renfermer dans le premier acte un événement fini, le départ d'Hereford; et commela distribution imaginée par J^ohnson ne donne d'ailleurs aucun moyen d'expliquer avec vraisemblance les événements qui sont censés s'être passés dans l'intervalle du premier au deuxième acte, on a conservé l'ancienne. Au reste, dans les éditions faites avant la mort de Shakspeare, la pièce n'était point coupée en actes, mais simplement composée d'une suite de scènes : les éditions faites immédiatement après sa mort n'ont donc sur celles qui l'ont précédée que l'avantage d'une tradition plus récente des ditsctions théâtrales qu'avait données l'auteur; elles semblent de plus, dans c« cas-oi, avoir en leui* faveur le bon sens dramatique.
sin Aumerle, jusqu'où avez-vous conduit le grand Hereford sur son chemin?
AUMERLE. — J'ai conduit le grand Hereford, puisqu'il vous plaît de l'appeler ainsi, jusqu'au grand chemin le plus voisin, et je l'ai laissé là.
RICHARD. — Et dites-moi, quel flot de larmes a-t-il été versé au moment de la séparation ?
AUMERLE. — Ma foi, de ma part aucune, à moins que le vent du nord-est, qui nous soufflait alors cruellement au visage, n'ait mis en mouvement un rhume endormi, et n'ait ainsi, par hasard, honoré d'une larme nos adieux hypocrites.
RICHARD. — Qu'a dit notre cousin lorsque vous vous êtes quittés ?
AUMERLE. — Il m'a dit : portez-vous bien * ; et, comme mon cœur dédaignait de voir ma langue profaner ce souhait, je me suis avisé de contrefaire l'accablement d'un chagrin si profond, que mes paroles semblaient enseveUes dans le tombeau de ma douleur. Vraiment, si ces mots, portez^ous bien avaient pu allonger les heures et ajouter aux années de son court exil, il aurait eu im volume de portez-vous bien; mais comme cela n'était pas, il n'en a point eu de moi.
RICHARD. — Il est notre cousin, cousin ; mais il est douteux, lorsque arrivera le temps qui doit le ramener de l'exil, que notre parent revienne voir ses amis. Nousméme, et Bushy, et Bagot que voilà, et Green aussi, nous avons remarqué comme il faisait la cour au commun peuple ; comme il cherchait à pénétrer dans leurs cœurs par une politesse modeste et familière ; quels respects il prodiguait à des misérables, s'étudiant à gagner le dernier des artisans par l'art de ses sourires et par une soumission patiente à sa fortune, comme s'il eût voulu emporter avec lui leurs affections : il ôtait son bonnet à
1 Farewell.
FcureweUj l'adieu ordinaire des Anglais, signifie portes-vout bien. Il a fallu le traduire ainsi, pour faire comprendre la répugnance d'Aumerle à le prononcer.