‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 198 sur 301 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les landes du comté de Glocester.

Entrent BOLINGBROKE bt NORTHUMBERLAND avec des troupes,

BOLINGBROKE.— Combien y a-t-il encore d'ici à Berkley, milord?

NORTHUMBERLAND.— En Vérité, noWc scigneuT, je suis absolument étranger dans le comté de Glocester. La hauteur de ces montagnes sauvages, la rudesse de ces chemins inégaux, allongent nos milles et augmentent la fatigue; et cependant l'agrément de votre conversation a été comme du sucre et a rendu ces mauvais chemins doux et délicieux. Mais je songe quelle fatigue éprouveront Ross et Willoughby dans leur route de Ravensburg à Costwold, où ils n'auront pas votre compagnie qui, je vous le proteste, a tout à fait trompé pour moi l'ennui et la longueur du voyage. Mais le leur est adouci par l'espérance de jouir de l'avantage que je possède actuellement ; et Tespérance du plaisir est, à peu de chose près, un plaisir égal à celui de la jouissance. Ce sentiment abrégera le chemin pour les deux seigneurs fatigués, comme l'a abrégé pour moi la jouissance présente de votre noble compagnie.

BOLINGBROKE.— Ma Compagnie vaut beaucoup moins que vos paroles obUgeantes. — Mais qui vient à nous?....

(Entre Henri Percy.)

NORTHUMBERLAND.— C'est mou fils, lo jcuno Pcrcy, envoyé par mon frère Worcester, de quelque lieu qu'il arrive. — Henri, comment se porte votre oncle?

PERCY. — Je pensais, milord, que vous me donneriez de ses nouvelles.

NORTHUMBERLAND. — Commcut , n'ost-U pas avec la reine?

PERCY. — ^Non, mon bon seigneur, il a abandonné la

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cour, brisé les insignes de sa dignité, et dispersé la maison du roi.

NORTHUMBERLAND. — Quelle a été sa raison? Il n'avait pas cette intention la dernière fois que nous nous sommes entretenus ensemble.

PERCY. — C'est parce que Votre Seigneurie a été déclarée traître. Quant à lui, milord, il est allé à Ravensburg offrir ses services au duc d'Hereford ; et il m'a envoyé par Berkley pour découvrir quelles étaient les forces que le duc d'York y avait rassemblées, avec ordre de me rendre ensuite à Ravensburg.

NORTHUMBERLAND. — Eh biou, mou eufaut, est-ce que vous avez oublié le duc d'Hereford?

PERCY. — Non, mon bon seigneur, car Je n'ai pu oublier ce que je n'ai jamais eu à me rappeler. Je ne sache pas l'avoir jamais vu de ma vie.

NORTHUMBERLAND. — Eh bien, apprenez à le connaître aujourd'hui. Voilà le duc.

PERCY. — Mon gracieux seigneur, je vous offre mes services tels qu'ils sont; je suis jeune, neuf et faible encore, mais les années, en me mûrissant, pourront rendre mes services plus utiles et plus dignes de votre approbation.

BOLiNGBROKE. — Je te remercie, aimable Percy, et sois certain que je regarde comme mon plus grand bonheur de posséder iln cœur qui se souvient de ses bons amis. A mesure que ma fortune croîtra avec ton affection, elle deviendra la récompense de cette affection fidèle. Mou cœur fait ce traité, et ma main le scelle ainsi.

NORTHUMBERLAND. — Qucllo ost la distauce d*ici à Berkley, et quels sont les mouvements qu'y faits le bon vieux York avec ses hommes de guerre?

PïiRCY. — Là-bas, près de cette touffe d'arbres, est la forteresse, défendue par trois cents hommes, à ce que j'ai ouï dire; et là sont renfermés les lords d'York, Berkley et Seymour. On n'y compte aucun autre honune de nom et distingué par sa noblesse.

(Entrent Ross et Willoughbj.)

NORTHUMBERLAND. — Volci los lords de Ross et Wil-

ACTl U, aOENB III. 88B

iQ^gWiy : leurs épepoos sont tout fila^glftIlt6 ^ et leur yisage est enflammé de la course.

BOLïWGBROlCï). — Soyea les bienvenus, milorda : je sens bien gue votre amitié s'attache aux p^s d'un traître bamu. Toute ma ricbesbe se borne encore à des renierciments sans effets, qui, devenus plus riches, «auront récompenser votre amour et vos ttavaux.

ROSS.— Très-noble seigneur, votre préspnce nous fait riches.

wiLLOUGHBY. — Et elle surpasse de beaucqup la fatigue gue nous avons subie pour en jouir.

BOLiNftBROKB. —Recevez encore des remerclments , seul trésor du pauvre, le seul d'où je puisse tirer mes bienfaits, jusqu'à ce que ma fortune, au berceau, ait acquis des années. — Mais qui vient à nous ?

(Entre Berkley.)

NDRTHtJMBERLAND. — G^ost, si je ue me trompe, lord Berkley.

BBRKLBY. — Milord d'Hereford, c'est à vous que s'adresse mon message.

BOLiNGBROKE.— Milord, je ne, réponds qu'au nom de Lancastre, et je suis venu chercher ce nom en Angleterre : il faut que je trouve ce titre dans votre bouche avant que je réponde à rien de ce que vous pourrez me dire.

BERKLEY.— Ne VOUS méprenez pas sur mes paroles, milord : ce n'est pas mon intention d'effacer aucun de vos titres d'honneur. — ^Je viens vers vous, milord.... (ce que vous voudrez), de la p^rt du très-glorieux régent de ce royaume, le duc d'York, pour savoir ce qui vous excite à profiter de l'absence du roi pour troubler la paix de notre pays avec des armes forgées dans son sein.

(Entre York avec sa suite.) /

BOLINGBROKE, à BerMcy. — Je n'aurai pas besoin de transmettre par vous ma réponse : voilà Sa Seigneurie en personne. {Il fléchit le genou.) — Mon noble oncle !

YORK. — Que je voie s'abaisser devant moi ton cœm* et non tes genoux, dont le respect est faux et trompeur,

BOLINGBROKE. — ^Mou gracioux oncle I...,

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YORK.— Cesse, cesse; ne me gratifie pas du titre de grâce^ ni de celui d'onc/e : je ne suis point l'oncle d'un traître, et ce titre de grâce a mauvaise grâce dans ta bouche sacrilège *. Pourquoi les pieds d'un banni, d'un proscrit, ont-ils osé toucher la poussière du sol d'Angleterre? mais surtout, pourquoi ont-ils osé traverser tant de milles sur son sein* paisible, et effrayer ses pâles hameaux par l'appareil de la guerre et une ostentation de forces que je méprise? Viens-tu parce que le roi consacré n'est pas ici? Mais, jeune insensé, le roi est demeuré dans ma personne, son autorité a été remise à mon cœur loyal. Ah! si je possédais encore ma bouillante jeimesse, comme au temps où le brave Gaunt ton père, et moi, nous déhvrâmes le Prince Noir, ce jeune Mars parmi les hommes, du milieu des rangs de tant de milliers de Français, oh ! comme ce bras, que la paralysie retient captif , t'aurait bientôt puni et châtié de ta faute !

BOLiNGBROKE. — ^Mou gracicux oncle, faites-moi connaître ma faute, et quelle en est la nature et la gravité.

YORK. — Elle est de la nature la plus grave.— Une révolte ouverte et une trahison détestable ! Tu es un homme banni, et tu reviens ici avant l'expiration du terme de ton exil, bravant ton souverain les armes à la maini

BOLINGBROKE. — Quaud je fus banni, j'étais Hereford banni, mais maintenant je reviens Lancastre : et mon digne oncle, j'en conjure Votre Grâce, examinez d'un œil impartial les injures que j'ai souffertes. Vous êtes mon père, car il me semble qu'en vous je vois vivre encore le vieux Gaunt; ô vous donc, mon père, soufPrirez-vous que je reste condanmé au soil; d'un vagabond errant, mes droits et mon royal héritage arrachés de mes mains par la violence et abandonnés "â des prodigues parvenus? A quoi me sert donc ma naissance? Si le roi

I In an ungracious mouthf is but profane.

II a fallu s'écarter un peu du sens littéral pour conserver le jeu de mots.

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