ACTE II, SCÈNE II
LE SERVITEUR. — Milôrd, votre fils était parti avant que j'arrivasse.
YORK. — Il était parti? A la bonne heure ; que tout aille comme cela voudra. La noblesse a déserté; les communes sont froides, et je crains bien qu'elles ne se révoltent et ne se déclarent pour Hereford. Mon ami, va à Plaéhy trbuver ma sœur Glocester ; dis-lui de m'envoyer sur-le-champ liiille livres. — Tiens, prends mon anneau.
LE SERVITEUR. — Milord, j'avais oublié de le dire à Votre Seigneurie, j*y suis entré aujourd'hui en passant par là. — Mais je vais vous affliger si je vous dis le reste.
YORK. — Quoi, misérable?
LE SERVITEUR.— Une hcure avant mon arrivée, la duchesse était morte.
YORK, —Que le ciel ait pitié de nous ! Quel déluge de maux vient fondre à la fois sur ce malheureux pays î — Je ne sais que faire. — Plût à Dieu, pourvu qu'il n'y eût pas été poussé par mon infidélité, que le roi eût fait tomber ma tête avec celle de mon frère. — A-t-on fait partir des courriers pour l'Irlande ? — Comment trouverons-nous de l'argent pour fournir à cette guerre? — Venez, ma sœur... . Je voulais dire ma nièce ; pardonnezmoi, je vous prie. (Au serviteur,) — ^Va, mon garçon, va chez moi, procure-toi quelques chariots, et apporte les armes que tu trouveras. — Messieurs, voulez- vous aller rassembler des soldats? — Si je sais comment et par quelle voie mettre fin à ces affaires qu'on a jetées ainsi tout embrouillées dans mes mains, ne me croyez jamais. — Tous les deux sont mes parents. — L'un est mon souverain, que mon serment et mon devoir m'ordonnent de défendre ; et l'autre est également mon parent, que le roi a injustement dépouillé, à qui ma conscience et les liens du sang m'ordonnent de faire justice. — Allons, il faut pourtant faire quelque chose. — Venez, ma nièce, je Vais disposer dé vous. — ^Vous, allez, rassemblez vos troupes, et venez me trouver sans délai au château de Berkley. Il serait nécessaire aussi que j'allasse à Plashy, mais le temps ne me le permet pas. — Tout est
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en désordre, tout est laissé» sens dessus dessous*.
(York et la reine sortent.)
BUSHY. — Les vents sont favorables pour porter des nouvelles en Irlande, mais aucune n'en arrive. — Quant à nous, lever une armée proportionnée à celle de l'ennemi, c'est ce qui nous est tout à fait impossible.
GREEN. — D'ailleurs, de rattachement qui nous unit étroitement au roi, il n'y a pas loin à la haine de ceux qui n'aiment pas le roi.
BAGOT. — Oui, la haine de ces communes indécises; ôar leur affection loge dans leur bourse : quiconque la vide remplit d'autant leur cœur d'une haine mortelle.
BUSHY. — Et c'est pourquoi le roi est généralement condamné.
BAGOT. — Si le jugement dépend d'eux, nous le sommes aussi, nous qui avons toujours été près du roi.
GREEN. — Eh bien, pour moi, je vais m'aller réfugier dans le château de Bristol ; le comte de Wiltshire y est déjà.
BUSHY. — Je m'y rendrai avec vous ; car ces détestables communes ne feront pas giand'chose pour nous, si ce n'est de nous mettre tous en pièces comme des chiens. •— Venez-vous avec nous?
BAGOT. — Non : je me rends en Irlande, auprès de Sa Majesté.— Adieu; si les pressentiments du cœur ne sont pas vains, nous voilà trois ici qui nous séparons pour ne jamais nous revoir.
BUSHY. — Cela dépend du succès qu'aura York pour chasser Bolingbrpke.
GREEN. — Hélas ! ce pauvre duc ! il entreprend là une tâche.... C'est comme s'il voulait boire l'Océan jusqu'à la dernière goutte, ou compter ses grains de sable.— Pour un qui va combattre avec lui, il en désertera mille.
"BUSHY. — Adieu tout de suite pour cette fois, pour tous et pour toujours.
GREEN. — Bon I nous pouvons nous retrouver encore.
BAGOT. — Jamais, je le crains.
i Every thing is Ufl at six and seven.