‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 206 sur 301 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

violent leur foi envers Dieu comme envers nous. Criemoi malheur, destruction, ruine, perte, décadence : le pis est la mort, et la mort aura son jour.

scROOP.— Je suis bien aise de voir Votre Majesté si bien armée pour supporter les nouvelles de Tadversité. Telle qu'un jour de tempête hors de saison qui amène les rivières argentées à submerger leurs rivages, comme si lunivers se fondait en pleurs, telle s'enfle au delà de toute limite la fureur de Bolingbroke, couvrant vos États consternés d'un acier dur et brillant, et de cœurs plus durs que Tacier. Les barbes blanches ont armé de casvques leurs crânes minces et chauves contre ta majesté; les enfants s'efforcent de grossir leur voix féminine, et renferment, par haine de ta couronne, leurs membres de femme sous des armes roides et pesantes; ceux même qui sont chargés de prier pour toi apprennent à bander leurs arcs d'if doublement fatal ^ pour s'en servir contre ta puissauce. Même, les femmes, quittant leur quenouille, brandissent contre ton trône des serpes rouillèes. Les jeunes et les vieux se révoltent; tout va plus mal que je ne puis vous le dire.

RiCHABD. — Tu ne m'as que trop bien, trop bien fait un si triste récit.— Où est le comte de Wiltshire ? Où est Bagot? Qu'est devenu Bushy? Où est Green? Pourquoi ont-ils laissé ce dangereux ennemi mesurer ainsi nos frontières d'un pas tranquille?.... Si nous l'emportons, ils le payeront de leurs têtes. — Je vous garantis qu'ils ont fait leur paix avec Bolingbroke.

SCROOP. — Il est vrai, seigneur, ils ont fait leur paix avec lui.

RICHARD. — Traîtres I ah! vipères! damnés sans rédemption ! chiens aisément amenés à ramper devant le premier venu ! serpents réchauffés dans le sang de mon cœur, et qui me percent le cœur ! trois Judas, chacun trois fois pire que Judas 1 Devaient-ils faire leur paix ?

Douhîe-fatal yew.

Doublement fatal par son bois propre à faire des arcs, et par les propriétés nuisibles de son feuillage.

Que pour ce crime le terrible enfer déclare la guerre à leurs âmes souillées !

scRoop. — La tendre amitié, je le vois, lorsqu'elle change de nature, produit la plus amère et la plus mortelle haine. — Révoquez vos malédictions sur leurs âmes : ils ont fait leur paix en donnant leurs têtes, et non leurs mains ; ceux que vous maudissez ont reçu le coup le plus cruel que puisse frapper la mort, et gisent assez bas ensevelis dans le sein de la terre.

AUMERLE.— Quoi ! Bushy, Green et le comte de Wiltshire sont morts?

scRoop. — Oui, ils ont tous perdu la tête à Bristol.

AUMERLE. — Où est le duc mon père avec ses troupes?

RICHARD. — N'importe où il est.... Que personne ne me parle de consolation. Entretenons-nous de tombeaux, de vers, d'épitaphes ; que la poussière soit notre papier, et que la pluie qui couie de nos yeux écrive notre douleur sur le sein de la terre; choisissons nos exécuteurs testamentaires, et parlons de testaments. Et cependant non ; car que pourrions-nous léguer sinon nos corps dépouillés à la terre? Nos possessions, notre vie, tout appartient à Bolingbroke, et il n'est plus rien que nous puissions dire à nous que la mort, et ce petit moule, fait d'une terre stérile, qui couvre nos os comme ime pdte. Au nom du ciel, asseyons-^nous par terre, et racontons les tristes histoires de la mort des rois ; comment quelques-uns ont été déposés, quelques-uns tués à la guerre, d'autres hantés par les fantômes de ceux qu'ils avaient dépossédés, d'autres empoisonnés par leurs femmes, d'autres égorgés en dormant ; tous assassinés I La Mort tient sa cour dans le creux de la couronne qui ceint le front mortel d'un roi : c'est là que siégé sa grotesque figure se riant de la grandeur du souverain, insultant à sa pompe : elle lui accorde un souffle de vie, -une courte scène pour jouer le monarque, être craint et tuer de ses regards, l'enivrant d'une vaine opinion de lui-même; comme si cette chair qui sert de rempart à notre vie était d'un bronze impénétrable ! Et après s'être amusée un moment, elle en vient au dernier acte, et d'une petite

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