‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 207 sur 301 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

épingle elle perce le mur du château.... et adieu le roi. — Couvrez vos têtes, et n'insultez pas par ces profonds hommages la chair et le samg; rejetez loin de vous le respect, les traditions, l'étiquette, les devoirs cérémonieux. Vous m'avez méconnu jusqu'à présent : je vis de pain, comme vous, je sens comme vous le besoin, je suis atteint par le chagrin ; j'ai besoin d'amis. Ainsi assujetti, comment pouvez-vous me dire que suis un roi?

l'évêque de carlisle.— -Seigneur, les hommes sages ne déplorent jamais les maux présents : ils emploient le présent à éviter d'en avoir d'autres à déplorer. Craindre votre ennemi, puisque la crainte accable la force, c'est donner par votre faiblesse des forces à votre ennemi ; et par là votre folie combat contre vous-même. — Craignez et soyez tué I.... Il ne peut rien vous arriver de pis pn combattant. Combattre et mourir, c'est la mort détruisant la mort ; mourir en tremblant, c'est rendre lâchement à la mort le. tribut de sa vie.

AU MERLE. — Mon père a des troupes : informez- vous où il est ; et d'un seul membre apprenez à faire un corps.

RICHARD. — Tes reproches sontjustes. — Superbe Bolingbroke, je viens pour échanger avec toi des coups dans ce jour qui doit nous juger. Cet accès de fièvre de terreur est tout à fait dissipé.— C'est une tâche aisée que de reprendre son bien. — Dis-moi, Scroop, où est notre oncle avec ses troupes? Homme, réponds-moi avec douceur, quoique tes regards soient sinistres.

SCROOP. — On juge par la couleur du ciel de l'état et des dispositions de la journée : ainsi pouvez-vous juger, par mon air sombre et abattu, que ma langue n'a à vous faire qu'un rapport plus triste encore. Je joue ici le rôle d'un bourreau, en allongeant ainsi peu à peu ce qu'il y a de pis et qu'il faut bien dire.— Votre oncle York s'est joint à Bolingbroke ; tous vos châteaux du nord se sont rendus, et toute votre noblesse du midi est en armes pour sa cause.

RICHARD. — Tu en as dit assez. {À Awmerle.) — Malédiction sur toi, cousin, qui m'as éloigné de la bonne voie où j'étais pour trouver le désespoir ! Que dites*-vous à

présent? quelle ressource nous reste-t-il à présent? Par le ciel, je haïrai éternellement quiconque m'exhortera davantage à prendre courage. Allons au château de Flint; j'y veux mourir de ma douleur. Un roi vaincu par le malheur doit obéir au malheur, son roi. Congédiez les troupes qui me restent, et qu'elles aillent labourer la terre qui leur offre encore quelques espérances : pour moi, je n'en ai point. — Que personne ne me parle de changer mon dessein : tout conseil serait vain.

XuMERLE. — Mon souverain, un mot.

RICHARD. — Celui dont la langue me blesse par ses flatteries me fait un double mal.— Licenciez ma suite, qu'ils s'en aillent. Qu'ils fuient de la nuit de Richard vers le jour brillant de Bolingbroke. ,

(Ils sortent.)

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