‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 215 sur 301 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

UN AUTRE LORD.— Je te défie de même sm* le terrain, parjure Aumerle, et je te provoque par autant de démentis que j'en pourrais crier à tes oreilles perfides depuis un soleil jusqu'à l'autre. Voilà le gage de mon honneur ; mets-le à l'épreuve si tu l'oses.

AUMERLE. — Qui en est encore ? Par le ciel, je répondrai à tous : j'ai dans un seul cœur mille courages pour faire tête à vingt mille comme vous.

suRREY. — Lord Fitzwater, je me rappelle très-bien le jour où Aumerle et vous vous entretîntes ensemble.

FITZWATER. — Il cst vrai ; milord, vous étiez présent, et vous pouvez témoigner comme moi que ce que je dis est vrai.

. SURREY.— Cela est aussi faux, par le ciel, que le ciel lui-même est sincère.

FITZWATER. — Surroy, tu en as menti.

SURREY. — Enfant sans honneur, ce démenti pèsera si lourdement sur mon épée, qu'il en sera tiré revanche et vengeance jusqu'à ce que toi qui m'as donné le démenti et ton démenti * gisiez sous la terre, aussi tranquilles que le crâne de ton père; et pour preuve, voilà mon gage d'honneur : mets-le à l'épreuve.

FITZWATER. — Comme tu te plais follement à exciter un cheval emporté! De même que j'ose manger, boire, respirer et vivre, j'oserai affronter Surrey dans un désert, et lui cracher au visage en lui disant qu'il en a menti, et qu'il a menti, et qu'il en a menti. Voilà qui engage ma foi à t'obliger de recevoir ma vigoureuse correction. — Comme j'espère prospérer dans ce monde .nouveau pour moi, Aumerle est coupable.de ce que lui reproche mon loyal défi ; de plus, j'ai ouï dire au banni Norfolk, que c'est toi, Aumerle » qui as envoyé deux de tes gens à Calais pour assassiner le noble duc.

AUMERLE. — Que quclque honnête chrétien me confie un gage pour prouver que Norfolk ment. Je jette ceci,

i That lie shall Ue so heavy on my sword

TiU thou the lie giver and that lie do lie. Jeux de mots impossibles à rendre en français, même par des équivalents.

dans le cas où Norfolk serait rappelé pour défendre son honneur.

BOLiNGBROKE. — Tous CCS défls resteront en suspens jusqu'au retour de Norfolk : il sera rappelé ; et quoiqu'il soit mon ennemi, il sera rétabli dans tous ses biens et seigneuries, et à son arrivée nous le forcerons de justifier son honneur contre Aumerle.

l'évêque de carlisle. — Jamais on ne verra ce jour honorable, — Norfolk, banni, a combattu bien des fois pour Jésus-Christ ; il a porté dans les champs glorieux des chrétiens l'étendard de la croix chrétienne contre les noirs païens, les Turcs et les Sarrasins. Fatigué de travaux guerriers, il s'est retiré en Italie; et là, à Venise, il a rendu son corps à la terre de ces belles contrées, et son âme pure à Jésus-Christ son chef, sous les drapeaux duquel il avait combattu si longtemps.

BOLiNGBROKE. — Quoi, prélat, Norfolk est mort?

l'évêque de carlisle. — Aussi sûrement que je vis, milord.

BOLINGBROKE. — Qu'uue houreuse paix conduise sa belle ame dans le sein du bon vieil Abraham !— Seigneurs appelants, vos défis resteront tous en suspens jusqu'à ce que nous vous assignions le jour du combat.

(Entre York avec sa suite.)

YORK. — Puissant duc de Lancastre, je viens vers toi de la part de Richard, dépouillé de ses plinnes, qui t'adopte d'un cœur satisfait pour son héritier, et met tes mains royales en possession de son auguste sceptre. Monte sur le trône que tu hérites aujourd'hui de lui, et vive Heim, le quatrième du nom I

BOLINGBROKE. — G'cst au nom de Dieu que je monte sur le trône royal.

l'évêque de carlisle. — Que Dieu vous en préserve I — Je parlerai mal en votre royale présence ; mais c'est à moi qu'il convient le mieux de dire la vérité. Plût à Dieu qu'il y eût dans cette noble assemblée un homme assez noble pour être le juge impartial du noble Richard : alors la vraie noblesse lui apprendrait à éviter une injustice aussi odieuse I Quel sujet peut prononcer l'arrêt de

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