‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 216 sur 301 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

son roi ? et qui de ceux qui siègent ici n'est pas sujet de Richard? Les voleurs ne soût jamais jugés sans être entendus, quelque évidente que soit en eux l'apparence du crime ; et l'image de la majesté de Dieu, son lieutenant, son fondé de pouvoirs, son député choisi, oint, couronné et maintenu sur le trône depuis tant d'années, sera jugé par des bouches sujettes et inférieures, et cela sans même être présent I 0 Dieu I ne permets pas que dans un pays chrétien , des âmes civilisées donnent l'exemple d'un attentat si odieux, si noir, si indécent ! Je parle à des sujets, et c'est un sujet qui parle, animé par le ciel pour prendre hardiment la défense de son roi. Milord d'Hereford, qui est ici présent, et que vous appelez roi, est un insigne traître au roi du superbe Hereford : si vous le coui'onnez, je vous prédis que le sang anglais engraissera la terre, et que lés générations futures payeront de leurs gémissements cet horrible forfait. La paix ira dormir chez les- Turcs et les infidèles ; et dans ce séjour de la paix, des guerres tumultueuses confondront les familles contre les familles, les parents contre les parents ; le désordre, l'horreur, la crainte et la révolte habiteront parmi vous ; et cette terre sera nonmiée le champ de Golgotha et la place des crânes des morts. Oh ! si vous élevez cette maison contre cette maison, il en résultera les plus désastreuses divisions qui jamais aient désolé ce monde maudit. Empêchez cela, résistez ; qu'il n'en soit pas ainsi, de peur que vos enfants et les enfants de vos enfants ne crient sur vous : Malédiction I

NORTHUMBERLAND. — Vous avcz parlé à merveille, monsieur ; et pour votre peine, nous vous arrêtons ici comme coupable de haute trahison. — ^Lord Westminster, chargezvous de veiller sur sa personne jusqu'au jour de son procès.— Vous plait-il, milords, d'accorder aux communes leur requête ?

BOLiNGBROKE. — Qu'ou introduise ici Richard, afin qu'il abdique publiquement : alors nous procéderons à l'abri de tout soupçon.

YORK.— Je vais me charger de l'amener.

(Il Sort.)

BOLiNGBROKB,— Vous, seigneurs, qui êtes ici arrêtés par nos ordres, donnez vos cautions de vous représenter au jour où vous serez sommés de répondre. (A Vévêquede Carlisle.) — Nous devons peu à votre affection pour nous, et nous comptions peu sur votre secours.

(Rentre York avec le roi Richard et des officiers portant la couronne.)

RICHARD. — Hélas ! pourquoi m'oblige-t-on de me rendre aux ordres d'un roi avant que j'aie pu secouer encore les pensées royales qui ont accompagné mon règne ! Je n'ai pu encore apprendre à insinuer, à flatter, à me courber, à fléchir le genou. Donnez au chagrin quelque temps pour m'instruire à la soumission. — Cependant, je n'ai point encore oublié la figure 'de ces hommes... Ne furentils pas à moi ? ne m'ont-ils pas crié parfois : Salut ? C'est ce que Judas fit à Jésus-Christ ; mais lui, sur douze, il trouva la fidélité chez tous, sauf un seul; et moi, sur douze mille, je n'en trouve chez aucun. — Dieu sauve le roi !— Quoi I personne ne dira : Amen? serai-je à la fois le prêtre et le clerc ? Eh bien , amen, Dieu sauve le roi, quoique ce ne soit pas moi ; et amen encore si le ciel pense que c'est moi.— Pour rendre quel service m'amène-t-on ici?

YORK. — Pour accomplir ce que de ta libre volonté ta grandeur fatiguée t'a porté à ofTrir, la cession de ta puissance et de ta couronne à Henri Bolingbroke.

RICHARD. — Donne-moi la couronne. — Cousin, la voilà; prends la couronne : ma main de ce côté-ci ; la tieuDe de ce côté-là. — Maintenant cette couronne d'or ressemble à un puits profond... renfermant deux seaux qui se remplissent l'un rautre,toujours le vide se balance dans l'air, tandis que l'autre est au bas, caché et plein d'eau : le seau d'en bas est rempli de larmes ; c'est moi qui m'abreuve de ma douleur, tandis que vous vous élevez en haut.

BOLINGBROKE. — J'avais cru que vous abdiquiez de bon gré.

RICHARD. — Ma couronne, oui ; mais mes chagrins me restent toujours. Vous pouvez me déposer de mes titres

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