‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 220 sur 301 · SCÈNE ï · texte numérisé non relu

SCÈNE ï

Une des rues conduisant à la Tour.

Entrent LA REINE et ses dames.

LA REINE.— C'est par cette rue que le roi va passer: voilà le chemin de cette Tour qu'à la maleheure a bâtie Jules César*, et dont le sein de pierre devient, par arrêt de l'orgueilleux Bolingbroke, la prison de mon seigneur condamné. — Reposons-nous ici, si cette terre rebelle a encore un lieu de repos pouï la reine de son légitime souverain ! (Entre le roi Richard conduit par' des gardes.) Mais paix ; ah ! que je voie... ou plutôt ne voyons pas se flétrir ma belle rose. Et cependant, levons les yeux, regardons-le, afin que la pitié nous dissolve en rosée pour lui rendre sa fraîcheur enTarrosant des larmes du fidèle amour. — 0 toi, l'image des lieux où fut la vieille Troie, carte d'honneur, tombeau du roi Richard et non plus le roi Richard, toi la plus belle des demeures, pourquoi faut-il que le chagrin au sombre visage habite chez toi, tandis que le succès triomphant s'est logé dans un cabaret ?

RICHARD. — Femme charmante, ne te ligue pas avecma^ douleur, je t'en prie, pour me faire mourir trop promptement. Apprends, bonne âme, à tenir notre ancienne fortune comme un songe heureux dont nous nous réveillons pour voir dans l'état où nous sommes réduits

* La tradition en Angleterre attribue à César l'érection de la Tour de Londres.

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