ACTE V, SCÈNE I
LA REINE. — Eh bien, là où il va, laissez-moi y aller aussi.
RICHARD. — Pleurant ainsi tous deux ensemble, nous ne ferions qu'une seule douleur. Pleure pour moi en France, je pleurerai ici pour toi : il vaut mieux être loin Tun de l'autre, que réunis pour n'être jamais plus heureux *. Va, compte tes pas par tes soupirs, et moi les miens par mes gémissements.
LA REINE. — Ainsi le chemin plus long fournira les plus longues plaintes.
RICHARD. — Je pousserai deux gémissements à chaque pas puisque mon chemin est court, et je l'allongerai par le poids que j'ai sur le cœur. Allons, allons, ne faisons pas plus longtemps la cour à la douleur, puisqu'une fois qu'on Ta épousée la douleur dure si longtemps. Qu'un baiser nous ferme la bouche, et séparons-nous en silence. (Ils s^ embrassent.) Dans ce baiser je te donne mon cœur, et je prends le tien.
LA REINE.— Rends-moi le mien : c'est un triste rôle que de prendre ton cœur pour le tuer. (Ils s'embrassent encore wne fois,) Maintenant que j'ai repris le mien, vat'en; que je puisse m'efforcer de le tuer d'un seul gémissement.
RICHARD. — Nous jouous avec le malheur dans ces tendres délais. Encore ime fois, adieu : que la douleur dise le reste.
(Ils sortent.)