‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 240 sur 301 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Un autre appartement dans le palais.

EnPrent HENRI, prince de Galles, bt FALSTAFF.

PALSTAFP. — Dis donc, Hal*, quelle heure est-il, mon garçon ?

HENRI. — Tu as l'esprit sifort épaissi à force de t'enivrer de vieux vin d'Espagne*, de te déboutonner après souper, et de dormir sur les bancs des tavernes Taprès-dlner, que tu ne sais plus demander ce que tu as véritablement envie de savoir. Que diable as-tu affaire à l'heure qu'il est ? A moins que les heures ne fussent des verres de vin d'Espagne, les minutes autant de chapons, à moins que nous n'eussions pour horloges la voix desappareilleuses,

* Hàl. Diminutif de Henri.

« Sach, C'est un grand sujet de discussion que de savoir ce qu'était le sacfc du temps de Shakspeare, car il n'était pas du temps de Falstaff d'un usage aussi commun que l'a supposé le poëte.Il paraît constant que le sack était un vin d'Espagne ; l'usage d'y mettre du sucre donne lieu de croire que c'était un vin seo, comme le mot sack pourrait aussi le faire croire. C'était, selon toute apparence, du vin de Xérès ou de Pacaret ; quelques-uns pensent que le sack était un vin brûlé et sucré, une espèce de ratafia. Le sack des Anglais aujourd'hui est le vin des Canaries; on l'appelait alors sweet sack,

pour cadrans les enseignes de tabagies, et que le bienfaisant soleil lui-même ne fût une belle et lascive courtisane en taffetas couleur de feu, je ne vois pas de motif à cette inutilité de venir demander Theure qu'il est.

PALSTAFF. — Ma foi, Hal, vous entrez dans mon sens ; car nous autres coupeurs de bourses, nous nous laissons conduire par la lune et les sept étoiles, et non par PhoBbus,.ce chevalier errant, blond *. Et je t'en prie, mon cher lustig, dis-moi un peu, quand une fois tu seras roi.*.— Dieu conserve ta grâce (majesté, j'aurais dû dire, carde grâces tu n'en auras jamais) !...

HENHi. — Comment! pas du tout?

FALSTAFF. — ^Nou, par ma foi, pas seulement autant qu'on en peut avoir à dire après im œuf ou du beurre*.

HENRI. — Eh bien ! enfin donc? Au fait, au fait.

FALSTAFF. — Vraiment je veux donc te dire, mon cher lustig, quand tu seras roi, tu ne dois pas souffrir que nous autres gardes du corps de la nuit, soyons traités de voleurs qui attaquent la beauté du jour. Qu'on nous appelle, à la bonne heure, forestiers de Diane, gentilshommes des ténèbres, les mignons de la lune, et qu'on dise de nous que nous nous gouvernons bien, puisque nous sommes comme la mer, gouvernés par notre noble maîtresse la lune, sous la protection de laquelle nous exerçons... le vol.

HENRI. — Tu as raison, et ce que tu dis est vrai sous tous les rapports : car notre fortune à nous autres gens de la lune, a son flux et reflux comme la mer; de même que la mer, nous sommes gouvernés par la lune ; et pour preuve, une bourse résolument enlevée le lundi soir sera dissolument vidée le mardi matin, gagnée en jurant, la bourse ou la me, dépensée en criant, appmHe bouteille. En

* That wandering knight so fair. Paroles tirées probablement de quelque ancienne ballade sur les aventures du Chevalier du SoUH,

' Not!io much as will serve to he prologue to an egg and butter. Le nom de grâces se donne également en Angleterre au henedicite qui précède le repas et aux prières qui se disent à la fin. Shakspeare le prend ici dans le premier sens ; il a fallu» pour conserver le j eu de motSi y substituer le dernier.

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