ACTE î, SCÈNE II
Cet instant, marée basse comme le pied deTéchelle, nous serons d*un moment à l'autre à flot aussi haut que lé bras de la potence.
FALSTAFF. — Pardîeu, tu dis bien vrai, mon garçon. — Et n'est-ce pas que mon hôtesse de la taverne est une agréable créature?
HENRI.— Douce comme le miel d'Hybla, mon vieux garnement ^ Et n*est-il pas vrai aussi qu'un pourpoint de buffle est une agréable robe de chambre pour prison'?
FALSTAFF.— Quoi, quoi? Mauvais plaisant, fou que tu
* My old lad of the castîe. Expression souvent employée par les anciens auteurs, et qui s'était probablement appliquée d'abord aux satellites du seigneur châtelain : elle fait ici allusion au premier nom de Falstaff, qui du moins à ce qu'il paraît, s'était d'abord appelé Oldcastle. Sir John Oldcastle avait été mis à mort sous Henri V» comme partisan des opinions de Wycleff, et soit hasard, soit haine religieuse, son nom était devenu sur le théâtre celui d'un personnage burlesque, d'un caractère tout opposé à celui qui fait les martyrs, et très-différent en effet, à ce qu'il paraît, de celui du véritable Oldcastle; c'est sous ce travestissement, et comme associé aux désordres de Henri , que paraît sir John Oldcastle dans une vieille pièce intitulée les fameuses victoires d'Henri V, contenant la bataille d'Agîncourt ; et toujours est-il certain que les écrivains jésuites avaient pris texte de cette tradition théâtrale pour charger de vices la mémoire du sectateur de Wicleff. Quoi qu'il en soit, Shakspeare, à ce qu'il paraîtrait, s'empara, selon son usage, du personnage déjà en possession du théâtre, et lui conserva d'abord son premier nom, ainsi qu'il a conservé ceux deNed et de Gadshill^ autres compagnons de Henri dans la vieille pièce de la bataille d'Agincourt. Mais ensuite, soit par respect pour la mémoire d'une victime du catholicisme, soit par égard pour la famille d'Oldcastle, Elisabeth demanda un changement de nom, et le vieux camarade du prince de Galles prit alors celui de Falstaff, en conservant tous les attributs d'Oldcastle, comme le gros ventre, la gourmandise, etc.
* Is not a. huffjerkin a most sweet rôle of durance. Il est difficile d'entendre le sens de cette plaisanterie, comme de toutes celles qui portent sur des usages familiers au temps où l'auteur écrivait, mais impossibles à retrouver plus tard. Durance signifie généralement durée, souffrance, et plus spécialement prison : il paraît aussi que le mot durance avait été donné à certaines étoffes ; le jeu de mots est clair entre ces deux derniers sens du mot durance; mais il n'est pas aussi aisé de comprendre le rôle que joue dans
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es ! qu'as-tu donc à me pincer, à m'épiloguer de cette manière ? que diable ai-je affaire à ton pourpoint de buffle?
HENRI. —Et quedîable ai-je affaii*e,moi,avec ton hôtessede la taverne 1
FALSTAFP. — Eh I mais tu Tas bien fait venir compter avec toi plus et plus d'une fois.
HENRI.— Et t'ai-je jamais fait venir toi, pour payer ta part?
FALSTAFP.— Non : oh ! je to rendrai justice : tu as toujours tout payé là.
HENRI. — ^Là et ailleurs aussi, tant que mes fonds pouvaient s'étendre; et quand ils m'ont manqué, j'ai usé de mon crédit.
FALSTAFF. — Oh ! pour cela oui, et si bien usé, que, s'il n'était pas si clair que tu es l'héritier présomptif.... — Mais dis-moi donc, je t'en prie, mon cher enfant, verra-t-on encore en Angleterre des gibets sur pied, quand tu seras roi? Et cette grotesque figure, la mère la Loi, avec son frein rouillé, pourra-t-elle toujours jouer de mauvais tours aux gens de cœur? Je t'en prie, quand tu seras roi, ne pends point les voleurs.
HENÎRi. — Non, ce sera toi.
FALSTAFF. — Moi, oh 1 bravo. Pardieu je serai un excellent juge. •;• :
HENRI. — Et voilà comme tu juges d^à*ïii&l';'ca^je veux dire que c'est toi qui auras l'emploi de pfen&6 les voleurs, et que tu deviendras ainsi un merveilleux bourreau. : ' ..
FALSTAFF.— Fort bien, Haï j fort bien: je puis vous dire qu'en quelque façpii:ice. métier-là s'accorderait avec mon humeur,tç)^uj;'^ssi bien que celui de faire ma cour. ; rv
la plaisanterie du prince le pourpoint de buffle, qui est cependant* ce qui choque le plus Falstaff. Le pourpoint de buffle était l'habit des officiers du shérif: est-ce une naanière de les désigner et de les rappeler à Falstaff, que ses méfaits exposent sans cesse à leur poursuite? C'était aussi PLabit militaire de la chevalerie. Est-ce une manière de désigner les chevaliers? sir John Tétait.