‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 243 sur 301 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

vaux; Gadshill couche ce soir àRochester; j'ai commandé le souper pour cette nuit à Eastcheap. Il n'y a pas plus de danger là qu'à dormir dans vos lits. Si vous voulez venir, je vous garnis vos bourses de couronnes jusqu'au bord : si vous ne voulez pas, restez à la maison, et allez vous faire pendre.

FALSTAFF. — ^Ecouto, Edouard; si je reste ici et n'y vai» point, je vous ferai tous pendre pour y avoir été.

poiNs. — ^En vérité, Côtelettes.

FALSTAFF. — ^Voux-tu cu être, Hal?

HENRI. — Qui I moi, voler ! Moi, aller faire le brigand? Non pas moi, sur ma foi !

FALSTAFF. — Ticus, tu u'as cu toi rien d'un honnête homme, d'un homme de cœur, d'un bon camarade; tu n'es pas sorti du sang royal ; tiens, si tu n'oses pas tenir pour dix schellings*.

HENRI.— A la bonne heure, je ferai donc, une fois dans ma vie, un coup de tête.

FALSTAFF. — Voilà co qui s'appelle parler.

HENRI.— Eh bien, arrive ce qui voudra, je garde la maison.

FALSTAFF. — SuT mou Dicu, s'il en est ainsi, je conspire quand tu seras roi.

HENRI. — ^Je ne m'en soucie guère.

POINS. — Sir John, je t'en prie, laisse-nous seuls un moment le prince et moi ; je lui donnerai de si bonnes raisons pour cette expédition, qu'il y viendra.

FALSTAFF. — A la boune heure : puisses-tu avoir l'esprit de persuasion, et lui l'intelligence du profit! afin que ce que tu diras puisse le toucher , et que ce qu'il entendra, il puisse le croire, et afin que le prince véritable puisse (par récréation) devenir un faux voleur ; car les pauvres abus de ce siècle ont bien besoin de protection. Adieu, vous me retrouverez à Eastcheap.

1 Thou camest not of ihe hlood royale if thou darest not stand for ten shUUng», Jeu de mots sur royal ou reaU^ qui signifiait aussi une monnaie de la valeur de dix schellings.

HENBi. — Adieu, printemps passé; adieu, été de la Toussaint. (Falstaff sort.)

poiNS. — Allons, mon bon, doux et gracieux seigneur, montez à cheval demain avec nous. J^ai une farce à jouer que je ne saurais arranger tout seul. Falstaff, Bardolph, Peto et Gadshill dévaliseront ces hommes que nous sommes à guetter. Ni vous, ni moi, n'y serons ; et quand ils auront leur butin, si entre vous et moi nous ne les volons pas à notre tour, je veux que vous m'abattiez la tête de dessus les épaules.

HENRI. — ^Mais comment ferons-nous pour nous séparer d'eux au moment du départ?

POINS. — Quoi ! nous ne partirons qu'avant ou après eux, et nous leur fixerons im rendez- vous, auquel nous serons les maîtres de manquer. Alors ils s'aventureront tout seuls à faire cet exploit, et ils ne l'auront pas plutôt accompli, que nous tomberons sur eux.

HENRI. — Oui, mais il est probable qu'ils nous reconnaîtront à nos chevaux, à nos habits, enfin à toutes sortes d'indices.

POINS. — Bah I d'abord ils ne verront pas nos chevaux, je les attacherai dans le .bois; nous changerons de masques dès que nous les aurons quittés; et de plus, mon cher, j'ai pour Toccasion, des fourreaux de bougran dont nous couvrirons nos vêtements qu'en effet ils connai3sent.

HENRI. — Mais j'ai peur aussi qu'ils rie soient trop forte partie pour nous.

POINS. — Oh ! pour cela, il y en a deux dont je^ réponds comme des plus fieffés poltrons qui aient jamais tourné le dos ; et pour le troisième, s'il se bat plus longtemps que de raison, je renonce au métier des armes. — ^Le bon de cette plaisanterie sera d'entendre après les inconcevables' mensonges que nous débitera ce gros coquin, lorsque nous nous retrouverons à souper: comme quoi il s'est battu avec une trentaine au moins, quelles parades il a faites, quels coups il a allongés, quels dangers il a courus ; notre divertissement sera de le mettre en défaut.

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