‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 242 sur 301 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

HKNRi.—Pour être revêtu de quelque emploi.

FALSTAFF. — Certainement pour être vêtu*. Le bourreau a une garde-robe qui n'est pas mince.— Je suis aussi triste qu'un vieux matou, ou qu'un ours emmuselé.

HENRI.— Ou qu'un lion décrépit, ou bien que le lulh d'un amant.

FALSTAFF.— Oui, OU lo bourdonuemeut d'une musette du comté de Lincoln.

HENRI.— Pourquoi pas comme un lièvre, ou comme les vapeurs de Moorditch'?

FALSTAFF. — Tu as toujouTS los comparaisous les plus désagréables, et tu es le comparatif en personne le plus maudit... aimable jeune prince!... — Mais, Hal, je t'en prie, ne me tourmente plus davantage de ces folies. Je voudrais de tout mon cœur que nous fussions toi et moi là où l'on achète une provision de bonne renommée. Un vieux lord du conseil m'a diablement bourré l'autre jour dans la rue à votre sujet, mon cher monsieur, mais je n'y ai pas fait attention ; et cependant il parlait fort sagement, mais je n'y ai pas pris garde, et pourtant il parlait sagement, et dans la rue encore.

HENRI. — Tu as bien fait : car la sagesse crie dans les rues, et personne n'y prend garde •.

FALSTAFF. — Oh ! tu as de damnables applications ; en vérité, tu serais capable de corrompre un saint. — Tu m'as fait bien du tort, Hal ! Dieu te le pardonne; mais avant de te connaître, Hal, je ne savais rien de rien ; et aujourd'hui, pour dire la vérité, je ne vaux rien de mieux que ce qu'il y a de pis. Il faut que je quitte cette vie-là, et je la quitterai; si je ne le fais pas, dis que je

* Le Prince. For ohtaining ofsuits?

Fals. Tea, for obtaining of suits.

Jeu de mots sur le mot suits, qui signifie une requête et un véte^ ment complet.

* The melancholy of rnoor-ditch» Moor-ditch était un fossé bourbeux qui environnait une partie des murs de Londres, et dont les exhalaisons occasionnaient, à ce qu'il parait, une maladie appelée the melancholy of moor-ditch.

3 Paroles de rÉcriiure.

suis un misérable. Il n'y a pas un fils de roi dans la chrétienté pour qui je veuille me faire damner.

HENRI. — Jack, où irons-nous demain escamoter une bourse ?

FALSTAFF. — Où tu voudras, mon garçon ; je suis de la partie. Si je n'y vas pas, appelle-moi un misérable, et fais moi quelque affront.

HENRI.— Je vois que tu t'amendes bien. Tu passes de la prière au guet-apens,

(PoJDS parait dans le fond du théâtre.)

FALSTAFF. — Que veux-tu, Hal, c'est ma vocation, mon ami ; et ce n'est pas péché pour un homme que de suivre sa vocation. — Poins I Nous allons savoir tout à l'heure si Gadshill a lié une partie. Oh 1 si les hommes étaient sauvés selon leur mérite, quel trou dans Tenfer serait assez chaud pour lui ? C'est peut-être le plus universel coquin qui ait jamais crié arrête à un honnête homme.

HENRI. — Bonjour, Ned^

poiNS. — Bonjour, cher Hal. — Que dit M. Remords? que dit sir Jean-vin-sucré ? Jack, comment le diable et toi vous arrangez-vous au sujet de ton âme, après la lui avoir vendue, le vendredi saint dernier, pour un verre de vin de Madère et une cuisse de chapon froid?

HENRI. — Sir Jean ne s'en dédit pas; il tiendra son marché avec îe diable, car de sa vie encore il n'a fait mentir de proverbes. Il donnera au diable ce qui lui appartient.

POINS. — Eh bien, te voilà donc damné pour tenir ta parole au diable ?

HENRI. — Il l'aurait été aussi pour avoir friponne le diable.

poiNS.— Mais, mes enfants, mes enfants, c'est demain qu'il faut se rendre dès quatre heures du matin chez Gadshill. Il y a des pèlerins qui s'en vont à Gantorbéry, chargés de riches offrandes, et des marchands qui chevauchent vers Londres avec des bourses bien grasses. J'ai des masques pour vous tous, et vous avez vos che-

* Nedt diminutif d'Edward.

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