ACTE I, SCÈNE III
pour faire parler en témoignage de cette vérité toutes ses blessures comme autant de bouches. Ces blessures qu'il a reçues en brave, lorsque sur les bords de la douce Sevem, seul contre seul, fer contre fer, il a passé la meilleure partie d'une heure à faire échange de courage avec le puissant Glendower. Trois fois ils ont repris haleine, et trois fois, d'un mutuel accord, ils ont bu les eaux de la rapide Sevem, qui, effrayée alors de leurs sanguinaires regards, a fui pleine de crainte à travers ses roseaux tremblants, et a caché sa tête ondoyante dans les profondeurs de son lit tout ensanglanté par ces valeureux combattants. Jamais une politique basse et corrompue ne colora ses œuvres de blessures si mortelles, et jamais le noble Mortimer n'eût pu en recevoir un si grand nombre, le tout volontairement. Qu'on ne le flétrisse donc pas du nom de rebelle.
LE ROI. — Tu le montres ce qu'il n'est pas, Percy, tu le montres ce qu'il n'est pas : jamais il ne s'est mesuré avec Glendower. Je te dis, moi, qu'il aurait aussi volontiers risqué de se trouver tête à tête avec le diable, qu'en face d'Owen Glendower. N'as- tu pas honte? — Mais, jeune homme, que désormais je ne vous entende plus dire un mot de Mortimer. Envoyez-moi vos prisonniers par la voie la plus prompte, ou vous aurez de mes nouvelles d'ime manière qui pourra vous déplaire. — Milord Northumberland, vous pouvez partir avec votre fils. — Envoyez-nous vos prisonniers, ou vous en entendrez parler.
(Sortent le roi, Blount et la suite.)
HOTSPUR. — Et quand le diable voudrait rugir ici pour les avoir, je ne les enverrai pas. — Je veux le suivre à l'instant, et le lui dire ; je veux soulager mon cœur, fûtce au péril de ma tête.
NORTHUMBERLAND. — Quoi, tout ivre de colère ? — Arrêtez et attendez un moment. Voici votre oncle.
(Entre Worcester.)
HOTSPUR. — Ne plus parler de Mortimer ! mordieu ! j'en parlerai. Et que mon âme n'ait jamais miséricorde si je ne me joins pas à lui! Oui, j'épuiserai en sa faveur toutes
ces veinés, je répandrai tout mon sang le plus précieux goutte à goutte çur la poussière, ou j'élèverai Mortimer, qu'on foule aux pieds, aussi haut que ce roi ouhlieux, cet ingrat et pervers Bolingbroke.
NORTHûMBERLAND, à Worcester.^}ILon fréî'e, le roi a fait perdre la raison à votre neveu.
woRCBSTER.^-Qui donc a allumé toute cette fureur depuis que je suis sorti?
HOTSPUR.— Il veut réellement avoir tous mes prisonniers, et lorsque je suis venu à lui reparler de la rançon du frère de ma femme, ses joues ont pâli, et il a tourné sur moi un œil de mort ; il tremblait au seul nom de Mortimer.
wroRCESTEH.— Je ne puis le blâmer. Mortimer n'a-t-il pas été déclaré publiquement par Richard, qui aujourd'hui n'est plus, le plus proche du trône après lui?
NORTmjMBEKLAND. — Rion u'cst plus Vrai; j'ai entendu la déclaration : ce fut lorsque notre malheureux roi (Dieu veuille nous pardonner nos torts envers lui!) partit pour son expédition d'Irlande ; il y ftit intercepté, et n'en revint que pour être déposé, et bientôt après
woRCESTER.— Et à causc de cette mort, la voix générale de l'univers nous diffame et parle de nous avec opprobre.
HOTSPUR.*-Mais, doucement, je vous en prie -, le roi Richard a donc déclaré mon frère, Edmond Mortimer, l'héritier de la couronne ?
NORTHUMBERLAND. — Il Ta déclaré; moi-même je l'ai entendu.
HOTSPUR. — Vraiment, je ne puis blâmer le roi, son cousin, de désirer qu'il meure de faim sur les montagnes stériles. Mais sera-t-il dit que vous, qui avez posé la couronne sur la tête de cet homme ingrat, et qui, pour son profit, portez la tache détestable d'un assassinat payé.... sera-t-il dit que vous subissiez patiemment \m déluge de malédictions, en demeurant simplement des agents de meurtre, des instruments secondaires, les cordes, l'échelle, ou plutôt le bourreau.... — Oh! par-