ACTE Ij SCÈNE III
doimeai 1^1 je dedcends si bas pour vous montrer en quel rang et en quelle catégorie vous vous placez sous ce roi artificieux.— N'avez-vous pas de honte qu'on puisse raconter à nos temps, ou étaler un jour dans les chroniques, que des hommes de votre noblesse et de votre puissance se sont engagés tous deux dans une cause injuste (comme, Dieu vous le pardonne ! vous l'avez fait tous deux), pour abattre Richard, cette douce et belle rose, et planter à sa place cette épine, ce chardon, ce Bolingbroke? Et pour comble d'opprobre j sera-t-il dit encore que vous aurez été joués, écartés, rejetés par celui pour qui vous vous êtes soumis à toutes ces ignominies? Non, il est temps encore de racheter vos honneurs perdus, et de vous rétabUr dans Festime de Tunivers. Vengez-vous des insultants et dédaigneux mépris de ce roi orgueilleux, jour et nuit occupé des moyens de se débarrasser de sa dette envers vous ; dût votre mort en être le sanglant payement..*, je vous dis donc...
v^ORCBSTER. — G'est asscz, cousin, n'en dites pas davantage : à l'instant même je vais vous ouvrir un livre secret, où du rapide coup d'oeil de la colère vous allez lire des projets profonds et dangereux , aussi pleins de périls et d'audace qu'il en faut pour traverser, sur une lance mal assurée, un torrent mugissant à grand bruit.
HOTSPun. — Si Ton y tombe, bonsoir, il faut périr ou nager.— Étendez le danger du couchant à Taurore, que l'honneur le traverse du nord au midi, et mettez-les aux prises.— Oh I le sang remue bien davantage à réveiller un lion qu'à lancer un lièvre.
NORTHUMBERLAND.— Voilà queWdée de quelques grands exploits lui fait perdre toute patience.
HOTSPUR. — ^Par le ciel, il me semble que ce serait un saut facile que d'aller sur la face pâle de la lune enlever d'un coup la gloire brillante, ou de plonger dans les profondeurs de la mer, là où jamais la sonde n'a touché le sol, pour y ressaisir par les cheveux la gloire engloutie, en telle sorte que celui qui la retirerait de là pût posséder sans rival tous les honneurs qu'elle accorde j
mais ne me parlez pas d'ime association de deux demi-
WORCESTER. — Le voilà qui embrasse im inonde de fantômes, mais où ne se trouye pas la réalité dont il devrait s'occuper.— Cher cousin, donnez-moi im moment d'audience.
HOTSPUR. — Ah ! je vous demande pardon.
WORCESTER.— Ces noblcs Écossais qui sont prisonniers....
HOTSPUR, — Je les garderai tous. Par le ciel, il n'aura pas \m seul Écossais de ceux-là. Non, lui fallût-il un Écossais pour sauver son âme, il ne ram*a pas. Par mon bras, je les garderai tous.
vsTORCESTER. — Vous VOUS jetez de côté et d'autre , et vous ne prêtez pas la moindre attention à mes desseins. — Ces prisonniers, vous les garderez.
HOTSPUR.— Oui, je les garderai, cela est positif.— Il a dit qu'il ne rachèterait pas Mortimer ! Il a défendu IL ma langue de nommer Mortimer! Mais je l'attraperai au moment où il sera endormi, et dans son oreille je crierai tout à coup : Mortimer I Quoi ! j'aurai un oiseau qui sera instruit à ne dire que Mortimer, et je le lui donnerai, pour tenir sa, colère toujours en mouvement.
WORCESTER. — Écoutcz douc, cousiu ; un mot,
HOTSPUR. — Je fais ici le serment solennel de n'avoir d'autre étude que de chercher les moyens de vexer et de tourmenter sans cesse ceBolingbroke.Et ce ferrailleur de tavernes, son prince de Galles.... n'était que j'ai dans ridée que son père ne l'aime pas et serait bien aise qu'il lui arrivât quelque malheur, je voudrais qu'il s'empoisonnât avec un pot de bière.
WORCESTER.— Adieu, cousin ; je vous parlerai lorsque vous serez mieux disposé à m'écouter. •
NORTHUMBERLAND. — Eh quoi, quellc mouche te pique et quel fou impatient es-tu donc de t'emporter ainsi dans des colères de femme, sans pouvoir prêter l'oreille à d'autres voix que la tienne ?
HOTSPUR.— Tenez, voyez-vous, je suis fustigé, fouetté (Je verges, déchiré d'épines, piqué des fourmis quand