ACTE II, SCÈNE III
vient d'être troublée ; d'étranges mouvements se sont fait apercevoir sur ton visage, comme d'un homme qui retient son souffle dans une grande et soudaine précipitation. Oh I ce sont là des présages de malheur. Mon époux est occupé de quelque important projet ; et il faut que je le sache... ou bien il ne m'aime pas.
HOTSPUR. — ^Hé, holà! Guillaume est-il parti avec le paquet?
(Entre un domestique.)
LE DOMESTIQUE. — Oui, Hiilord, il y a plus d'une heure.
HOTSPUR. — ^Butler a-t-il amené ces chevaux de chez le shérif?
LE DOMESTIQUE.— Il vient d'en amener un il n'y a qu'un moment.
HOTSPUR. — Quel cheval? Un cheval rouan, épi mûr, n'est-ce pas?
LE DOMESTIQUE. — C'ost ccla même, milord.
HOTSPUR. — Ce cheval sera mon trône. C'est bon, et je vais y monter tout à Theure. — 0 espérance M— Dis à Butler de le conduire dans le parc.
(Le domestique.)
LADY PERCY. — Mais écoutoz-moi, milord.
HOTSPUR. — Que dis-tu, ma femme?
LADY PERCY. — Qui VOUS entraîne loin de moi?
HOTSPUR. — Mon cheval, cher amour, mon cheval.
LADY PERCY. — ^AUous, finissez, singe à la tête folle. Une belette n'est pas si capricieuse que vous. Sur mon honneur, je saurai ce qui vous occupe, Henri, je le saurai. Je crains que mon frère Mortimer ne se mette en mouvement pour soutenir ses droits, et qu'il n'ait envoyé vers vous pour vous demander d'appuyer son entreprise ; mais si vous allez. . . .
HOTSPUR. — Si loin à pied, je serai las, ma chère.
i Espérance ou Esperaruta était la devise de la famille Percy. C'est à présent, et depuis assez longtemps : Espérance en Dieu^ en français. On aperçoit encore sur la grande porte du château d'Alnwick, appartenant aux ducs de I*lorthumber]and , ces mots aussi en français : Espérance me conforte.
4â0 HENRI IV.
LADY PERGT. — ÂlloBs, allons, porroquet*, répondez sans détour à la question que je vous faiç. Je te causerai le petit doigt, Henri, si tu ne me dis pas les choses comme elles sont.
HOTSPUR. — Lâchez-moi , lâchez-moi ; trêve de badinage : Tamour?.... Je ne t'aime point; je ne pense pas à toi, Kate. Ce n'est point ici un monde où Ton puisse s'amuser à la poupée, et jouer des lèvres. Il faut que nous ayons le nez sanglant et la tète fracassée, et que nous rendions la pareille*. — De par le diable, mon cheval I — Eh bienl que dis-tu, Kate? que me veux-tu?
LADY PERCY. — Vous uc m'aimez pas? est-ce bien vrai que vous ne m'aimez pas? Eh bien! ne m'aimez point; car si vous ne m'aimez point, je ne m'aimerai plus moimême. Quoi, vous ne m'aimez pas? Ah 1 dites-moi, parlez-vous sérieusement, ou non ?
HOTSPUR, — Allons, veux-tu me voir monter à cheval? Lorsque je serai assis sur la selle, je te jurer^^que je t'aime infiniment.... Mais écoutez, Kate, je ne prétends pas que désormais vous me questionniez sur le lieu où je vais, ni que vous raisonniez là-dessus. Je vais où il faut que j'aille, et pour finir, il faut que je vous quitte ce soir, ma douce Kate. Je sais que vous êtes une femme sensée, mais enfin pas plus que ne peut l'être la femme de Henri Percy. Vous êtes constante, mais cependant vous êtes ime femme ; quant au secret, je ne crois pas qu'il y en ait une plus discrète, car je suis parfaitement convaincu que tu ne révéleras pas ce que tu ne sais pas; et voilà jusqu'où ira ma confiance en toi, ma douce Kate.
LADY PERCY.— Comment, jusque-là?
HOTSPUR. — Pas un pouce plus loin. Mais écoutez-moi, Kate : où je vais, vous irez aussi. Je pars aiyourd'hui, et vous demain ; êtes- vous satisfaite, Kate?
LADY PERCY. — Il le faut bien, par force.
i ParoquitOf perroquet.
t We must hâve hlooày nose», and erached crofvn» and pass ihmn cwrrent ioo.
Jeu de mots sur oroton, crâne, et crownt monnaie ; andpass them çurrent too(ei que nous les passions dans le commerce).