‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 255 sur 301 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Watkworih, Un appartement du château.

HOTSPUR ervPre Usant une lettre.

HOTSPtm, lisant. — Quant à vioi, miloird, je serais bien satisfait de m'y trouver^ par l'affection que je porte à votre maison» — Il serait satisfait? Quoi?... Et pourquoi n'y est-il donc pas? par Vaffection qu*il porte à notre maison. Il montre bien en ceci qu'il aime mieux sa grange que notre maison. — ^Voyons, continuons. Ventreprise que vous tentez est dangereuse. Vraiment, cela est certain ; mais il est dangereux aussi de prendre froid, de dormir, de boire ; mais je vous dis, mon imbécile lord, que dans cette épine, le danger, nous cueillerons cette fleur, la sûreté. -^L'entreprise que vous tentez est dangereuse *y les amis que vous avez nommés ne sont pas sûrs; les circonstances même ne sont pas favorables, et tout V ensemble de votre projet n'est pas assez fortement conçu pour contre-balancer la force d'wn si puissant adversaire. C'est là votre réponse? c'est là votre réponse? eh bien ! je vous réplique, moi, que vous êtes un poltron comme une mauvaise biche, et que vous mentez. Quel imbécile est-ce là? Par le ciel! notre projet est le projet le mieux conçu qui ait jamais été formé. Nos amis sont fidèles et constants. C'est un projet admirable ! Ce sont de bons amis, et dont on peut tout attendre: un excellent projet et de bons amisl — Quel coquin au cœur glacé est-ce donc là I Comment, lorsque monseigneur d'York approuve le projet et toute la conduite de l'entreprise? — Mordieu, si ce gredin-là était maintenant sous ma main, je lui casserais la tête avec l'éventail de sa femme. — Mon père n'en estil pas, mon oncle et moi? Edmond Mortimer, monseigneur d'York et Owen Glendow^er? N'ya-t-il pas encore les Douglas ? N*ai-je pas leurs lettres à tous où Us me promettent de me joindre armés le neuf du mois pro-

chain ? Et quelques-uns d'eux n'y sont-ils pas déjà rendus d'avance? Qu'est-ce que c'est donc que ce gredin de païen-là, ce renégat? Oui, vous allez voir que, dans la sincérité de sa poltronnerie et la lâcheté de son cœur, il ira trouver le roi et lui découvrir tous nos desseins. Oh ! que ne puis-je me partager et m'assommer de coups pour avoir imaginé de proposer à ce plat de lait écrémé une si honorable entreprise ! Qu'il aille se faire pendre ; il peut tout déclarer au roi s'il lui plaît : nous sommes préparés. Je partirai cette nuit. (Entre lady Percy.) Eh bien, Kate *, il faut que je vous quitte dans deux heures.

LADY PERCY. — 0 mou cher lord, pourquoi demeurezvous ainsi seul? Par quelle offense ai-je mérité d'être, depuis quinze jours, une épouse bannie de la couche de mon Henri ? Dis-moi, mon bien-aimé, quelle est la cause qui t'ôte l'appétit, les plaisirs et ton précieux sommeil ? Pourquoi tiens-tu tes yeux attachés à la terre? Pourquoi tressailles-tu si souvent lorsque tu es assis seul? Pourquoi la fraîcheur de ton teint s'est-elle flétrie? Pourquoi abandonnes-tu ce qui m'appartient et les droits que j'ai sur toi, à la rêverie aux yeux ternes et à la détestable mélancolie ? Pendant tes légers sommeils je veillais auprès de toi, et je t'entendais murmurer des projets de guerre terrible, prononcer des termes de manège à ton coursier bondissant, lui crier : Courage I au champ de bataille! et tu parlais de sorties et de retraites, de tranchées, de tentes, de palissades, de forts, de parapets, de canons, de coulevrines, de rançon de prisonniers, de soldats tués et de tout ce qui appartient à un combat opiniâtre ; et ton esprit avait tellement guerroyé au dedans de toi et t'avait si fort agité dans ton sommeil, que j'ai vu sur ton front des gouttes de sueur semblables aux bulles d'eàu qui s'élèvent sur un ruisseau dont l'eau

1 La femme d'Hoispur t'appelait non pas Catherine, mais Elisabeth, dont Beit est le diminutif. On pourrait penser qu'à cause de QueenBettf Shakspeare n'aurait pa» voulu exposer ce nom aux familiarités un peu brutales de Hotspur, si Holinshed qu'il suit constamment ne donnait à lady Peroj le nom d'Éléonore.

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