ACTE 11^ SCÈNE lY
FALSTAFi*. — ^MaiëdictioH sur tcms les poltrons ; oui, et vengeance avec ; oui, par ma foi, et amen ! Donne-moi un verre d'Efepagne, garçon.— Plutôt que de continuer de mener cette vie-là ^ je vais me mettre à remmailler des bas, à les raccommoder et aussi à les ressemeler. Malédiction sur tous les poltrons ! Donne-moi un verre d'Espagne, drôle. N'y a-t-il plus de vertu sur terre?
(Il boito
HENRI. — N'as-tu jamais vu Titan caresser de ses rayons un pain de beurre , autre Titan au cœur tendre qui se fondait d'amour aux douceurs du soleil * î Si tu Tas vu, eh bien, regâi'de-moi cette pièce.
FALSTAFF. — ^Misérablc ! il y a de la chaux aussi dans ce vin... n n'y a que de la coquine rie à trouver dans un mauvais sujet: et malgré cela, un poltron est pire cent fois qu'un verre de vin d'Espagne frelaté. Infâme poltron !— -Va ton chemin, vieux sir Jean, meurs quand tu voudras ; si le courage, le vrai courage n'est pas perdu sur la face de la terre, je veux être un hareng saur. Il n'y a pas en Angleterre trois honnêtes gens ayant échappé à là potence, et l'un de ces trois est gros et se fait vieux : Dieu veuille avoir pitié de nous ! Le monde est corrompu, je vous dis. Oui, je voudrais être tisserand*, je saurais chanter des psaumes et toutes sortes de chansons. Malédiction sur tous les poltrons, c'est là que j'en reviens toujours.
^ At the sweet taie ofthe stm. Les premières éditions portent «im. Les commentateurs ne croyant pouvoir expliquer la phrase de cette manière y ont substitué «on, ce qui me parait infiniment moind clair, bien qu'ils aient cherché à expliquer leul* correction par les souvenirs de l'histoire de Phaéton. Ce second Titan (nom que Shakspeare donne communément au soleil) est selon toute apparence le pain de beurre dont la figure ronde et jaune, et peut-être ornëe d'une empreinte de soleil, explique parfaitement les plaisanteries du prince. On a donc suivi Tancien texte inn, su lieu de saitre celui qu'y ont substitué les nouveaux éditeurs.
^ Les tisserands avaient l'habitude de chanter en travaillant. On verra Hotspur faire une pareille allusion aux tailleurs, connus pour avoir la même habitude.
HENRI. —Hé, sac à laine, que marmottez-vous là entre vos dents?
FALSTAFF. — Gela un fils de roi I Si je ne te chasse pas hors de ton royaume avec une épée de bois, et si je ne mène pas tous tes sujets devant toi comme un troupeau d'oies sauvages, je ne veux plus porter de barbe au menton. Vous, prince de Galles?
HENRI. — Gomment, vieille boule*, de quoi s'agit-il donc?
FALSTAFF. — N'êtcs-vous pas unpoltron? Répondez-moi à cela, et Poins aussi que voilà.
poiNs. — Mordieu, grosse bedaine, si vous m'appelez encore poltron, je te poignarde.
FALSTAFF. — Moi, t'appelçT poltron? Je te verrais damner plutôt que de t'appeler poltron ; mais je donnerais bien mille guinées pour savoir courir aussi bien que toi. Vous avez lesi épaules assez droites, aussi ne vous embarrassez-vous guère si on vous voit le dos : est-ce là ce que vous appelez épauler vos amis? Que le diable emporte de pareils épauleursl Parlez-moi de gens qui me feront face. — Un verre de vin : que je sois un coquin si j'ai bu d'aujourd'hui.
HENRI. — Misérable ! tes lèvres sont encore humides du dernier verre que tu as avalé.
FALSTAFF.— C'est tout xm. Malédiction sur tous les poltrons, je ne dis que cela.
HENRI . — De quoi s'agit-il donc ?
FALSTAFF. — De quoi s'agit-il I Quatre de nous qui sommes ici avons pris ce matin mille guinées.
HENRI. — Où sont-elles, Jack, où sont-elles?
FALSTAFF. — Où ellos sout ? repriscs sur nous, voilà ce qu'elles sont. Il nous en est tombé une centaine sur le corps à nous quatre malheureux.
HENRI. — Gomment, une centaine, mon cher?
FALSTAFF.— Je vcux être un coquin si je n'ai pas ferraillé à bras raccourci pendant deux heures d'horloge contre une douzaine. G'est un miracle que j'en sois réchappé ;
1 Whoreson, rofmâman.