‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 281 sur 301 · ACTE IV, sckîîE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, sckîîE I

ser hardiment dans l'espérance des ressources futures ; cela nous donne le point d'appui d'une retraite.

HOTSPUR.— Oui, un rendez-vous, un asile où nous réfugier, s'il arrive que le diable et le malheur regardent de travers cette première fleur * de nos affaires.

WORCESTER. — Cependant j'aurais voulu que votre père put se rendre ici. La nature et l'apparence de notre entreprise ne souffrent point de division. 11 y a des gens qui, ignorant la cause de son absence, y verront le désaveu de notre conduite, et croiront que c'est sa prudence et sa fidélité au roi qui ont retenu le comte et l'ont empêché de se joindre à nous. Et jugez combien une pareille idée peut changer le cours d'une faction timide, et faire douter de notre cause ; car vous n'ignorez pas que nous devons soutenir les apparences de notre force hors de la portée d'un examen trop rigoureux, et boucher tous les jours la plus légère ouverture par laquelle l'œil de la raison pourrait nous épier. Cette absence de votre père ouvre le rideau qui dévoile aux ignorants un genre de craintes auxquelles ils n'avaient pas songé.

HOTSPUR.— Vous allez trop loin. Voici plutôt comment je considérerais son absence. Elle rehausse l'opinion qu'on a de nous, et, présentant notre entreprise sous un aspect plus audacieux, lui donne un lustre qu'elle n'aurait pas si le comte était avec nous ; car lorsque, seuls et sans secours, on nous verra former un parti assez puissant pour tenir tête à tout le royaume, on devra penser qu'avec son aide nous sommes en état de le bouleverser complètement. —Tout est bien encore; nous avons tous nos membres sains et entiers.

DOUGLAS. — Autant que nous pouvons le souhaiter. On n'entend point prononcer en Ecosse un tel mot que le mot de crainte.

(Entre sir Richard Vernon.)

HOTSPUR. — Mon cousin Vernon? Vous êtes le bienvenu, sur mon âme I vKRNON. — Plût au ciel, milord, que mes nouvelles mé-

1 The maidenhead.

ri tassent d'être aussi bleu accueillies. Le comte de Westmoreland, fort de sept mille hommes, se dirige vers ces lieux : le prince Jean est avec lui.

HOTSPUR.— Je ne vois point de mal à cela. Qu'y a-t-il de plus?

VERNON.— De plus, j'ai appris que le roi en personne marche, ou se dispose à marcher très-promptement contre nous avec des préparatifs et des forces redoutables.

HOTSPUR. — Il sera bien reçu aussi. Où est son fils, le prince de Galles, cet étourdi au pied léger, et ses camarades qui ont jeté de côté le monde et ses sîffaires, en lui disant de passer son chemin?

VERNON. — Tous équipés, tous en armes, tous plumes en Tair conmie des autruches battant l'air de leurs ailes, comme des aigles qui viennent de se baigner ; tout brillants de leurs armures dorées comme des images de saints ; pleins de vie comme le mois de mai, et resplendissants comme le soleil au milieu de l'été ; gais comme de jeunes chevreaux, bouillants comme déjeunes taureaux. J'ai vu le jeune Henri, la visière levée, les cuisses couvertes de ses cuissards, armé en vrai guerrier, s'élever de la terre comme Mercure sur ses ailes, et ferme sur sa selle, voltigeant avec autant d'aisance qu'un ange qui serait descendu des nuages pour manier et manéger un fougueux Pégase, et charmer les hommes par la noblesse de son équitation.

HOTSPUR. — Assez, assez ; ces éloges sont pis que Iç soleil de mars pour donner la fièvre. Qu'ils viennent, qu'ils arrivent parés pour le sacrifice, et nous les offrirons tout fumants et tout sanglants à la vierge aux yeux enflammés qui préside à la guerre fumante. Mars vêtu de fer s'assiéra sur son autel, dans le sang jusqu'aux oreilles. Je suis sur les charbons tant que je sais cette riche conquête si près et encore pas à nous. — ^Allons, laissez-moi prendre mon cheval, qui va me porter conune la foudre contre le sein du prince de Galles. Nous nous rencontrerons Henri contre Henri, et son cheval contre le mien, pour ne jamais nous séparer que l'un des deux ne tombe mort. Oh! que Glendower n'est-il arrivé !

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