ACTE IV, SCÈNE II
de deux serviettes bâties ensemble et jetées sur les épaules comme le pourpoint d'un héraut, sans manches ; et la chemise entière, pour dire la vérité, a été volée à mon hôte de Saint -Albans, ou à l'aubergiste au nez rouge de Daintry. Mais cela n'y fait rien, ils trouveront bientôt du linge en suffisauce sur les^haies.
(Entrent le princeHenri et Westmoreland.)
HENRI. — Eh bien, Jack le boursouflé? eh bien, mon gros matelas? Holà, matelas de chair.
FALSTAFF.— Gomment, c'est toi, Hal ; c'est toi, drôle de corps; que diable fais-tu donc dans la province de Warwick?— Mon cher milord Westmoreland, je vous demande pardon, mais je vous croyais déjà à Shrewsbury. -WESTMORELAND. — Ma foi, sir Jean, il serait plus que temps que j'y fusse, et vous aussi; mais mes troupes y sont déjà arrivées; je vous assure que le roi nous y attend s il faut que nous partions tous ce soir.
FALSTAFF. — Bah I u'aycz pas peur de moi : je suis aussi vigilant qu'un chat qui veut voler de la crème.
HENRI. — Voler de la crème? je le crois, car à force d*en voler tu t'es fait de beurre. Mais dis donc, Jack, à qui sont ces gens qui viennent là-bas ?
FALSTAFF. — A moi, Hal, à moi.
HENRI. — ^De ma vie je n'ai vu de si pitoyables coquins.
FALSTAFF. — ^Bah, bah I ils sont assez bons pour être jetés à bas. Chair à poudre ! chair à poudre^ Cela remplira une fosse tout aussi bien que de meilleurs soldats ! Mon cher, ce sont des hommes mortels, des hommes mortels.
WESTMORELAND. — Oui ; mais, sir Jean, il me semble qu'ils sont cruellement pauvres et décharnés, l'air par trop mendiants.
FALSTAFF. — Ma foi, quaut à leur pauvreté. . . je ne sais pas où ils l'ont prise; et pour leur maigreur.... je suis bien sûr qu'ils n'ont pas pris cela de moi.
HENRI. — ^Non, j'en ferais bien serment ; à moins qu'on n'appelle maigreur trois doigts de lard sur les côtes. Mais, mon garçon, dépêche-toi; Percy est déjà en campagne.
FALSTAPp. — Comment, est-ce que le roi est déjà campé?
WESTMORELAND.— Oui, sir Jcau, je crains que nous ne nous soyons arrêtés trop longtemps.
PALSTAFF. — Eh bien! la fin d'une bataille, et le commencement d'un repas, c'est ce qu'il faut à un soldat de mauvaise volonté, et à un convive de bon appétit.