ACTE V, SCÈNE I
nid. Votre grandeur, par les aliments que nous lui avions fournis, a acquis une telle dimension que notre amour n'osait plus s'offrir à votre vue, dans la crainte de nous exposer à être engloutis. Nous avons été forcés, par l'intérêt de notre sûreté, à fuir, d'une aile légère, loin de votre présence, et à lever ces troupes, qui nous suivent, et à la tête desquelles nous ne marchons contre vous qu'armés des motifs que vous nous avez vous-même fournis par vos mauvais traitements, par une conduite menaçante, et par la violation de la foi et de tous les serments que vous avez faits au début de votre entreprise.
LE ROI. — Oui, ce sont là les griefs que vous avez rédigés par articles, que vous avez proclamés aux croix des marchés, lus dans les églises, pour parer le manteau de la révolte de quelques belles couleurs, propres à séduire les yeux des esprits inquiets et volages, et de ceux qui, mécontents de leur misère, écoutent la bouche béante et en remuant les épaules les nouvelles de toute innovation turbulente. Jamais révolte n'a manqué de ces enluminures pour en revêtir sa cause, ni de cette canaille factieuse, affamée de trouble et de ces désordres où tout se mêle et se confond.
HENRI. — Plus d'une âme dans nos deux armées payera cher cette rencontre, si une fois elles en viennent aux mains.Dites à votre neveu que le prince de Galles se joint à l'univers pour louer Henry Percy. Sur mes espérances, je ne crois pas (sauf cette dernière entreprise) qu'il existe un plus valeureux gentilhomme, un brave plus actif, un jeune homme plus fier, plus entreprenant et plus intrépide, plus capable d'honorer notre temps par des faits glorieux. Quant à moi, je l'avouerai à ma honte, jusqu'à présent j'ai mal observé les lois de la chevalerie ; et j'entends dire qu'il pense ainsi de moi : cependant en présence de Sa Majesté mon père, je déclare consentir à ce qu'il prenne sur moi l'avantage que lui donnent son grand renom et l'estime en laquelle il est, et pour épargner le sang des deux côtés, je veux tenter la fortune avec lui dans un combat singulier.
LE ROI. — Et nous, prince de Galles, nous osons te lais-
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ser courir ce risque, malgré la foule des motifs qui s'y opposent. — Non, cher Worcester, non. Nous aimons notre peuple ; nous aimons ceux même qui se sont égarés dans le parti de votre cousin ; et s'ils veulent accepter l'offre de leur pardon, eux, lui et vous, et tous tant que vous êtes, redeviendrez mes amis, et je serai le vôtre. Dites-le ainsi à votre cousin et rapportez-moi sa réponse et ses intentions. — Mais s'il s'obstine à ne pas céder, le châtiment et une sévère correction marchent sur nos pas, et feront leur ofBce.— Allez, ne nous fatiguez point en ce moment d'une réponse. Voilà quelles sont nos offres ; que votre décision soit prudente.
(Sortent Worcester et Vernon.)
HENRI.— Elles ne seront pas acceptées, sur ma vie. Le Douglas et Hotspur ensemble se croiraient en état défaire tête à l'univers entier armé contre eux.
LE ROI.— Eh bien, que chaque chef aille à son poste : car sur leur réponse, nous les attaquons : et que Dieu nous seconde, comme notre cause est juste !
(Sortent le roi, Blount et le prince Jean.)
FALSTAFF. — Hal, si dans la bataille tu me vois tombé par terre, enjambe comme cela par-dessus mon corps, c'est un acte d'amitié.
HENRI. — Tl n'y a qu'un colosse qui puisse te donner cette marque d'amitié. — Allons, dis tes prières et bonsoir.
FALSTAFF. — Je voudrais que ce fût l'heure d'aller se mettre au lit, Hal, et tout serait bien.
HENRI. — Quoi, ne dois-tu pas à Dieu une mort?
(Il sort.)
FALSTAFF. — Elle u'ost pas due encore : je serais bien fâché de la payeï" avant le terme. Qu'ai-je besoin d'être si pressé d'aller au-devant de qui ne m'appelle pas? Allons, n'importe, c'est l'honneur qui me pousse pour aller en avant. —Oui ; fort bien, mais si l'honneur va en chemin me pousser à terre, qu'en sera-t-il? L'honneur peut-il me remettre une jambe? non. Un bras? non. M'ôter la douleur d'une blessure? non. L'honneur n'entend donc rien en chirurgie? non. Qu'est-ce que c'est