ACTE V, SCÈNE II
que l'honneur ? un mot. Et qu'est-ce que ce mot, Thonneur? ce qu'est Thonneur : du vent. Un joli appoint vraiment I et à qui profite-t-il ? Celui qui mourut mercredi, le sent-il? non. L'eutend-il? non. L'honneur est donc une chose insensible? oui, pour les morts. Mais ne saurait-il vivre avec les vivants? pon. Pourquoi? c'est que la médisance ne le souffrira jamais. A ce compte, je ne veux point d'honneur, l'honneur est un pur écusson funèbre : et ainsi finit mon catéchisme.
(Il sort.)
Le camp de Hotspur.
EnPrent WORCESTER, VERNON.
woRCESTER.— Oh ! uou : il ne faut pas, sir Richard, que mon neveu sache les généreuses offres du roi.
VERNON. — Il vaudrait mieux qu'il en fût instruit.
WORCESTER. — S'il les connaît, nous sommes tous perdus. Il n'est pas possible, non, il ne se peut pas que le roi tienne sa parole de nous aimer. Nous lui serons toujours suspects ; et il trouvera dans d'autres fautes l'occasion de nous punir de cette révolte. Le soupçon tiendra cent yeux ouverts sur nous ; car on se fie à la trahison comme au renard qui a beau être apprivoisé, caressé, bien enfermé, et qui conserve toujours les penchants sauvages de sa race. Quel que soit notre maintien, triste ou joyeux, on prendra note de nos regards pour les interpréter à mal ; et nous vivrons comme le bœuf dans retable, d'autant plus près de notre mort que nous serons mieux traités. Pour mon neveu, on pourra peutêtre oublier sa faute. Il a pour lui Texcuse d.e la jeunesse, de l'ardeur du sang, et le privilège du nom qu'il a adopté, cet éperon brûlant * conduit par une cervelle
1 A hare hrained Hotspur^ governd b^ a spleen.
de lièvre et une humeur capricieuse. Toutes ses fautes reposent sur ma tête, et sur celle de son père. Nous l'avons élevé : s'il a de mauvaises qualités, c'est de nous qu'il les a prises ; et comme étant la source de tout, nous payerons pour tous. Ainsi, cher cousin, que Henri ne sache pas, à quelque prix que ce soit, les oifres du roi.
VERNON. — Dites-lui ce que vous voudrez, je le confirmerai. Voici votre cousin.
(Entrent Hotspur et Douglas suivis d'officiers et soldats.)
HOTSPUR, à ses officiers.— Uon oncle est de retour?— Renvoyez milord WestmoreL'ind. — Quelles nouvelles, mon oncle ?
wroRCESTER. — Le roi va vous livrer bataille à Them-e même.
DOUGLAS.— Envoyez-lui un défi par le lord Westmoreland.
HOTSPUR. — Lord Douglas, allez le charger de ce message.
DOUGLAS. — Oui, j*y vais et de grand cœur.
(Il sort.)
woRCESTER. — Le Toi n'a pas l'air de vouloir faire grâce.
HOTSPUR. — L'auriez-vous demandée? Dieu nous en préserve! .
WORCESTER. — Je lui ai parlé avec douceur de nos griefs, du serment qu'il a violé, et pour raccommoder les choses il jure aujourd'hui qu'on lui manque de foi, et ses armes hautaines nous feront, dit-il, porter le châtîtnent de ce nom odieux,
(Rentre Douglas.)
DOUGLAS. — Aux armes ! messieurs, aux armes ! Car je viens de lancer un audacieux défi à la face du roi Henri. Westmoreland, qui était en otage, va le lui porter, et il ne peut manquer de nous l'amener promptement.
WORCESTER. — Le prince de Galles s*est avancé devant le roi, et il vous a défié, mon neveu, à un comhat singulier.
HOTSPUR. —Oh! plût à Dieu que la querelle reposât sur nos deux têtes, qu'Henri Monmouth et moi nous fussions