‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 292 sur 301 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

les seuls à perdre le souffle aujourd'hui. — Dites-moi, dites-inoi : de quel air m'a-t-il provoqué? y eulrait-il du mépris?

VERNON. — ^Non, sur mon âme. Je n'ai de ma vie entendu prononcer un défi avec plus de modestie, si ce n'est lorsqu'un frère appelle son frère à jouter avec lui et à s'essayer aux armes. Il vous a rendu tous les égards qu'on peut rendre à un homme ; il a d'une voix généreuse fait éclater vos mérites et parlé de vos exploits comme le ferait une chronique, vous élevant toujours au-dessus de son éloge, et dédaignant l'éloge comparé à ce qui vous est dû ; et ce qui est digne d'un prince, il a parlé de lui-même en rougissant ; et il s'est reproché sa jeunesse indolente, avec tant de grâce, qu'il semblait exercer en ce moment le double emploi d'enseigner et d'apprendre. Là il s'est arrêté. Mais qu'il me soit permis d'annoncer à l'univers que, s'il survit aux dangers de cette journée, l'Angleterre n'a jamais possédé d'espérance si belle, si mal reconnue à travers les étourderies de la jeunesse.

HOTSPUR. — Cousin, je crois vraiment que tu t'es amouraché de ses folies : jamais je n'ai entendu parler d'un prince qu'on ait laissé en liberté faire autant d'extravagances.—Mais qu'il soit ce qu'il voudra, avant la nuit, je Tétreindrai si fort dans les bras d'un soldat qu'il tremblera sous mes caresses.— Aux armes ! aux armes 1 hâtons-nous. — Compagnons, soldats, amis, représentezvous par vous-mêmes ce que vous avez à faire aujourd'hui, mieux que je ne pourrais essayer de vous l'apprendre pour enflammer votre courage, moi qui possède si peu le don de la parole.

(Entre un messager.)

LE MESSAGER. — Milord, voici des lettres pour vous.

HOTSPUR. — Je n'ai pas le temps de les lire à présent. — Messieurs, la vie est bien courte ; si courte qu'elle soit, passée sans honneur elle serait trop longue, dût-elle, -marchant sur l'aiguille du cadran, finir toujours en arrivant au terme de l'heure. Si nous vivons, nous vivrons pour marcher sur la tête des rois : si nous mourons, il

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est beau de mourir quand des princes meurent avec nous! et quand à nos consciences, les armes sont légitimes, quand la cause qui les fait prendre est juste.

(ËQtre un autre messager.)

LE MESSAôBR. — Préparez-vous, milord; le roi s'avance à grands pas.

HOTSPUR.— Je le remercie de venir interrompre ma harangue ; car je ne suis pas fort pour le discours. Seulement ce mot : que chacun fasse de son mieux. Moi, je tire ici une épée dont je veux teindre le fer dans le meilleur sang que pourront me faire rencontrer les hasards de ce jour périlleux. Maintenant, espérance I Percy ! et marchons. Faites retentir tous vos bruyants instruments de guerre, et au son de cette musique embrassons-nous tous ; car je gagerais le ciel contre la terre qu il y en aura quelques-uns de nous qui ne se feront plus une pareille amitié.

(Les trompettea sonnent; ils s'embrassept et sortent.)

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