‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 54 sur 301 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

A Belmont. — Avenue de la maison de Portia. Entrent LORENZO bt JESSICA.

LORENzo. — Que la lune est brillante ! — Ce fut dans une nuit semblable, tandis qu'un doux zéphyr caressait légèrement les feuillages sans y exciter le moindre frémissement, que Troïle, si je m'en souviens, escalada les murs de Troie, et adressa les soupirs de son âme vers les tentes des Grecs, où reposait Cressida.

JESSICA.— Ce fut dans une pareille nuit que Thisbé, craintive et foulant d'un pied léger la rosée du gazon, aperçut Tombre d'un lion avant de le voir lui-même, et s'enfuit éperdue de frayeur.

LORENZO. — Ce fut dans une nuit semblable que Didon, seule sur le rivage d'une mer en furie, une branche de saule à la main, rappela du geste sod amant vers Carthage.

JESSICA. — Ce fut dans une semblable nuit que Médée cueilUt les plantes enchantées qui rajeunirent le vieux iEson.

LORENZO. — C'est dans une nuit pareille que Jessica s'est évadée de la maison du riche Juif, et, des pas emportés de l'amour, a couru depuis Venise jusqu'à Belmont.

JESSICA.— Et c'est dans une pareille nuit que le jeune Lorenzo lui a juré qu'il l'aimait tendrement, et qu'il a dérobé son cœur par mille serments d'amour, dont aucun n'est sincère.

LORENZO. — Et c'est dans une pareille nuit que la jolie

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