‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 55 sur 301 · ACTE y, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE y, SCÈNE I

Jessica, comme une petite mauvaise qu'elle est, calomnia son amant gui lui pardonna.

JESSICA. — Je voudrais vous faire passer la nuit en ce lieu, si personne ne devait venir. — Mais écoutez.^., j'entends les pas d'un homme.

(Entre un domestique.)

LORENzo. — Qui s'avance là d'un pas si précipité dans le silence de la nuit ?

LE DOBŒSTIQUE. — Ami.

LORENZO. — ^Un ami? Quel ami? Votre nom, je vous prie, Tami?

LE DOMESTIQUE. — Stephano est mon nom. Et je viens annoncer que ma maîtresse sera de retour à Belmont avant le point du jour. Elle erre dans les environs, s'agenouillant au pied de toutes les croix sacrées où elle prie Dieu de lui accorder d'heureux jours dans son mariage.

LORENZO. — Qui vient avec elle?

LE DOMESTIQUE. — Persounc, qu'un saint ermite, et sa suivante. Dites-moi, je vous prie, mon maître est-il de retour?

LORENZO. — Pas encore ; et nous n'en avons pas eu de nouvelles. — Mais entrons, Jessica, je t'en prie, et faisons quelques préparatifs pour recevoir honorablement la maîtresse du logis.

(Entre Lancelot.)

LANCELOT Chantant. — Sol, la, sol la, ho, ha, sol la, hola, sol la.

LORENZO. — Qui appelle ?

LANCELOT. — Sol la. Avez-vous vu M. Lorenzo et madame Lorenzo?

LORENZO. — Gesse tes holà. Par ici.

LANCELOT.— Sol la. — Où? où?

LORENZO. — Ici.

LANCELOT. — Dls-lui qu'il vient d'arriver un courrier de la part de mon maître, son cornet plein de bonnes nouvelles. Mon maître sera ici avant le matin.

(Il sort.)

LORENZO. — Entrons, ma chère âme, et attendons leur

arrivée; et cependant ce n'est pas la peine.... Pourquoi entrerions-nous? — Ami Stephano, annoncez, je vous prie, dans le château, que votre maîtresse est près d'arriver, et amenez ici les musiciens en plein air. {Le domestique sort.) Que la clarté de la lune dort doucement sur ce banc de gazon ! Nous nous y assiérons et les sons de la musique se glisseront dans notre oreille. Ce doux silence et cette nuit si belle conviennent aux accords d'une gracieuse harmonie. Assieds- toi, Jessica; vois comme la voûte des cieux est incrustée de disques brillants. Parmi tous ces globes que tu vois, il n'y a pas jusqu'au plus petit, dont les mouvements ne produisent une musique angélique en accord avec les concerts des chérubins, à l'œil plein de jeunesse. Telle est l'harmonie qui se révèle aux âmes immortelles : mais tant que notre âme est enclose dans cette grossière enveloppe d'une argile périssable, nous sommes incapables de l'entendre* {Entrent les musiciens.) — Allons, éveillez Diane par un hymne ; pénétrez des sons les plus mélodieux l'oreille de votre maîtresse, et entraînez-la vers sa demeure par le charme de la musique.

JESSICA, — Jamais je ne suis gaie quand j'entends une musique agréable.

LORENZO. — La raison en est que vos esprits sont attentifs; car voyez un sauvage et folâtre troupeau, une bande de jeunes étalons qui n'ont point encore senti la main de l'homme, bondissant avec folie, et faisant retentir leurs voix par de bruyants hennissements, effet de l'ardeur de leur sang ; si par hasard ils viennent à entendre le son d'une trompette, ou que leurs oreilles soient frappées de quelque mélodie, vous les verrez aussitôt s'arrêter tout court, et leurs yeux farouches prendre un regard adouci, par la douce puissance de la musique. Voilà pourquoi les poètes ont prétendu qu'Orphée attirait les arbres, les rochers et les fleuves, parce qu'il n'est rien dans la nature de si insensible, de si dur, de si furieux, dont la musique ne change pour quelques instants le caractère ; l'homme qui n'a en lui-même aucune musique, et qui n'est pas ému par le doux accord

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