ACTE I, SCÈNE I
SHALLOW. — Vous le pouvez sans doute en vous mariant.
EVANS. — Il gâtera tout*, s'il écartèle.
SHALLOW. — ^Pasdu tout.
EVANS. — Par Notre-Dame, s'il écartèle votre casaque il la mettra en pièces; vous n'en aurez plus que les morceaux. Mais cela ne fait rien; passons; ce n'est pas là le point dont il s'agit. — Si le chevalier Falstaff a commis quelcjue malhonnêteté envers vous, je suis un membre de l'Eglise : et je m'emploierai de grand cœur à faire entre vous quelques raccommodements et arrangements.
SHALLOW. — Non, le conseil en entendra parler : il y a rébellion.
EVANS. — Il n'est pas nécessaire que le conseil entende parler d'une rébellion : il n'y a pas de crainte de Dieu dans ime rébellion. Le conseil, voyez-vous, aimera mieux entendre parler de la crainte de Dieu, que d'une rébellion. Comprenez-vous ? Prenez avis de cela.
SHALLOW. — Ah! sur ma vie ,si j'étais encore jeune, ceci se terminerait à la pointe de l'épée.
EVANS. — Il vaut mieux que vos amis soient Tépée et terminent l'affaire, et puis j'ai aussi dans ma cervelle un projet qui pourrait être d'une bonne prudence. — Il y a une certaine Anne Page qui est la fille de M. George Page, et qui est une assez jolie fleur de virginité.
SLENDER. — ^Mistriss Anne Page? Elle a les cheveux bruns et parle doucement comme une femme.
EVANS. — C'est cela précisément; c'est tout ce que vous pouvez désirer de mieux ; et son grand-père (Dieu veuille
i Itis marring indeed^ if he qtiarter it, Shallow lui a dit qu'il pouvait écarteler en se mariant /^marryi/w/) . Evans lui répond qu'en effet écarteler (quarter) est le moyen de tout gâter (marring). Ce jeu de mots était impossible à rendre; il a même été nécessaiie de changer la réplique d'Evans. If he has a qua/rter ofyou/r coatj there is but three skvrts for yov/rself. « S'il a un quart de votre casa-que, vous n'en aurez que trois quarts. »
Quarter signifie également quart, quartier et écarteler.
l'appeler à la résurrection bienheureuse !) lui a donné, à son lit de mort, sept cents bonnes livres en or et argent, pour en jouir sitôt qu'elle aura pris ses dix-sept ans. Ce serait un bon mouvement si vous laissiez là vos bisbilles pour demander un mariage entre M. Abraham et mistriss Anne Page.
SLENDER. — Son graud-pèrc lui a laissé sept cents livres ?
KVANS. — Oui, et son père est bon pour lui donner ime meilleure somme.
SHALLOw. — Je connais la jeune demoiselle; elle a d'heureux dons de la nature.
EVANS. — Sept cents livres avec les espérances, ce sont d'heureux dons que cela.
sHALLOvsr. — Eh bien I voyons de ce pas l'honnête M. Page. — FalstafF est-il dans la maison ?
EVANS. — ^Vous dirai-je un mensonge? Je méprise un menteur comme je méprise un homme faux, ou comme je méprise un homme qui n'est pas vrai. Le chevalier, sir John, est dans la maison,et, je vous prie, laissez-vous conduire par ceux qui vous veulent du bien. Je vais frapper à la porte pour demander M. Page. (Il frappe) Holà 1 holàl que Dieu bénisse votre logis I
(Entre Page.)
PAGE. — Qui est là?
EVANS.— Une bénédiction de Dieu, et votre ami, et le juge Shallovsr, et voici le jeune monsieur Slender qui pourra, par hasard, vous conter une autre histoire, si la chose était de votre goût,
PAGE. — Je suis fort aise de voir Vos Seigneuries en bonne santé. Monsieur Shallow, je vous remercie de votre gibier.
SHALLOW.— Monsieur Page, je suis bien aise de vous voir. Grand bien vous fasse. J'aurais voulu que le gibier fût meilleur. Il avait été tué contre le droit. — Gomment se porte la bonne mistriss Page ? et je vous aime toujours de tout mon cœur, là, de tout mon cœur.
PAGE. — Monsieur, je vous remercie.