‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 64 sur 301 · ACTE I, SCÈNE I. f · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. f

SHALLow. — Monsieur, je vous remercie: que vous le veuillez ou non, je vous remercie.

PAGE. — Je suis bien aise de vous voir, mon bon monsieur Slender.

SLENDER. — Comment se porte votre lévrier fauve, monsieur? J'entends dire qu'il a été dépassé à Gotsale.

PAGE. — On n'a pas pu décider la chose, monsieur.

SLENDER. — Vous u'on couvieudrez pas, vous n'en conviendrez pas.

SHALLOW.— Non, il n'en conviendra pas. — C'est votre faute, c'est votre faute. — C'est un beau chien.

PAGE. — Non, monsieur, c'est un roquet.

SHALLOW. — Monsieur, c'est un bon chien et un beau chien ; on ne peut pas dire plus, il est bon et beau. Sir John FalstafP est-il ici?

PAGE. — Oui, monsieur, il est à la maison, et je souhaiterais pouvoir interposer mes bons offices entre vous.

EVANS.— C'est parler comme un chrétien doit parler.

SHALLOW. — Il m'a offensé, monsieur Page,

page'.— Monsieur, il en convient en quelque sorte.

SHALLOW.— Pour être avouée, la chose n'est pas réparée ; cela n'est-il pas vrai, monsieur Page ? il m'a offensé ; oui offensé, sur ma foi : en un mot, il m'a fait une offense. — Croyez-moi: Robert Shallow, écuyer, dit qu'il est offensé.

(Entrent sir John FaUtaff, Bardolph Nym, Pistol.)

PAGE. — Voilà sir John.

FALSTAFF. — Eh bien ! monsieur Shallow, vous voulez donc porter plainte au roi contre moi ?

SHALLOW. — Chevalier, vous avez battu mes gens, tué mon daim et enfoncé la porte de ma réserve.

FALSTAFF. — Mais jc u'aî pas baisé la fille de votre garde.

SHALLOW.— Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.— Vous aurez à en répondre.

FALSTAFF. — ^Je vais répondre sur-le-champ: j'ai fait tout cela. Voilà ma réponse.

SHALLOw. — Le conseil connaîtra de TafFaire.

FALSTAFF . — Il vaudrait mieux pour vous que personne ' n'en connût rien; on se moquera de vous.

EVANS.— Pawcaverfra, sir John, et de bonnes choses.

FALSTAFF. — De bonucs chausses? de bons bas'? — Slender, je vous ai fracassé la tête : quelle affaire avezvous avec moi ?

SLENDER.— Vraiment je l'ai dans ma tête, mon affaire contre vous, et contre vos coquins de filous, Bardolph, Nym et Pistol. Ils m'ont conduit à la taverne , m'ont enivré, et puis m'ont pris tout ce que j'avais dans mes poches.

BARDOLPH. — Comment I fromage de Banbury ?

SLENDER. — Bien, bien il ne s'agit pas de cela.

PISTOL. — Comment, Méphistophélès *?

SLENDER. — A la bonne heure, mais il ne s'agit pas de cela.

NYM. — Une balafre. Je dis: pauca^pauca. Une balafre, voilà la chose *.

SLENDER.— Oh! où est Simple, mon valet? Le savezvous, mon cousin ?

EVANS. — Paix, je vous prie. — A présent, entendonsnous : il y a, comme je l'entends, les trois arbitres dans cette affaire, il y a M, Page, videlicet M. Page ; et il y a moi, videlicet moi; finalement et dernièrement enfin, le troisième est l'hôte de la Jarretière.

* *Twere beiter for y ou, ifit were hnown in counsèl, « Il vaudrait mieux pour vous que cela ne fût connu qu'en secret {counsel). » Falstaff joue ici sur le mot de covncil (conseil), dont s'est servi Shallow.

* £vans a dit, avec sa mauvaise prononciation : Good worts pour goodwords (de bonnes paroles). Falstaff répond: GoodtooWs, good cahhage. Calhage signifie cbou, et worts est un vieux mot ayant la même signification. On a cherché à rendre ce jeu de mots par un équivalent.

* Nom d'un diable au service de Faust.

* That ismy humour. Il paraît que le mot humour était une expression à la mode dont on faisait un grand abus du temps de Shakspeare. Il le met à tout propos, et hors de propos, dans la bouche de Nym. On n'a vu que le mot chose qui pût le remplacer convenablement dans toutes les occasions.

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