‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 69 sur 301 · ACTE I, SCÈNE III. Ul · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. Ul

FALSTAFP. —Franchement, mon hôte, il faut que je réforme quelques-uns de mes gens.

L HÔTE.— Congédie, mon gros Hercule : chasse-les; allons, qu'ils détalent. Tirez, tirez.

FALSTAFF. — Je vis céaus, à raison de dix livres par semaine.

l'hôte. — Tu es un empereur, un César, un Kaiser, un casseur*, comme tu voudras. Je prendrai Bardolph à mes gages : il percera mes tonneaux, il tirera le vin. Dis-je bien, mon gros Hector?

FALSTAFF. — Faitcs cola, mon cher hôte.

l'hôte. — J'ai dit : il peut me suivre. (A Bardolph.) Je veux te voir travailler la bière, et frelater le vin. Je n'ai qu'une parole : suis-moi.

(L'hôte sort.)

FALSTAFF. — Bardolph, suis-le. C'est un excellent métier que celui de garçon de cave. Un vieux manteau fait un justaucorps neuf; un domestique usé fait un garçon de cave tout frais. Va ; adieu.

BARDOLPH. — C'est la vie que j'ai toujours désirée. Je ferai fortune.

piSTOL. — 0 vil individu de Bohémien, tu vas donc tourner le robinet ?

NYM. — Son père était ivre quand il l'a fait. La chose n'est-elle pas bien imaginée? — Il n'a point l'humeur héroïque. Voilà la chose.

FALSTAFF. — Jo me réjouis d'être ainsi défait de ce briquet : ses larcins étaient trop clairs : il volait comme on chante quand on ne sait pas la musique, sans garder aucune mesure.

NYM.T— La chose est de savoir profiter, pour voler, du plus petit repos.

PISTOL. — Les gens sensés disent, subtiliser. Fi donc, voler ! la peste soit du mot.

1 Cœsar, Keisar, Pheezwr, Keisar est la prononciation allemande pour César, et Pheezar peut venir de pheeze (peigner, étriller); mais il fallait un mot qui présentât quelque sorte de consonnance avec KeiswTk

FALSTAFF. — G'est bien, mes enfants; mais je suis tout à fait percé par les talons.

pisTOL. — En ce cas, gare les engelures.

FALSTAFF. — Il n'y a pas de remède. Il faut que j'accroche de côté ou d'autre, que je ruse.

PISTOL.— Les petits des corbeaux doivent avoir leur pâture.

FALSTAFF.— Qui de vous connaît Ford, de cette ville?

PISTOL. — Je connais l'individu ; il est bien calé.

FALSTAFF. — Mcs bous garçous, il faut que je vous apprenne où j'en suis.

PISTOL. — A deux aunes de tour et plus.

FALSTAFF. — Tréve de plaisanterie pour le moment, Pistol. Je suis gros, si vous voulez, de deux aunes de tour; mais je n'ai pas gros * à dépenser : je m'occupe de faire ressource. En deux mots, j'ai le projet de faire l'amour à la femme de Ford. J'entrevois des dispositions de sa part : elle discourt, elle découpe à table, elle décoche des œillades engageantes. Je puis traduire le sens de son style familier : et toute l'expression de sa conduite, rendue en bon anglais, est, je suis à sir John Falstaff.

PISTOL. — n l'a bien étudiée; il traduit le langage de sa pudeur en bon anglais.

NYM. — L'ancre est jetée bien avant. Me passerez-vous la chose?

FALSTAFF. — Le bruit du pays, c'est qu'elle tient les cordons de la bourse de son mari : elle a une légion de séraphins.

PISTOL. — Et autant de diables à ses trousses. Allons, je dis : garçon^ cours sus.

NYM.— La chose devient engageante. Cela est très-bon : faites-moi la chose des séraphins.

* Indeed l am in the waisi two yards about; but I am noir about no waste. On voit dans la seconde partie de Henri IV le même jeu de mots entre waist (taille) et waste {dépense).

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