‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 70 sur 301 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

FALSTAFF. — Voici Une lettre que je lui ai bel et bien écrile ; et puis, une autre pour la femme de Page, qui vient aussi tout à l'heure de me faire les yeux doux, et de me parcourir de Tair d'une femme qui s'y entend. Les rayons de ses yeux venaient reluire, tantôt sur ma jambe, et tantôt sur mon ventre majestueux.

pisTOL. — Gomme le soleil brille sur le fumier.

NYM. — La chose est bonne.

FALSTAFF. — Oh ! cUo a fait la revue de mes dons extérieurs avec une telle expression d'avidité, que l'ardeur de ses regards me grillait comme un miroir brûlant. Voici de même une lettre pour elle. Elle tient aussi la bourse : c'est une vraie Guyane, toute or et libéralité. Je veux être à toutes deux leur receveur; et elles seront toutes deux mes payeuses* : elles seront mes Indes orientales et occidentales, et j'entretiendrai commerce dans les deux pays. Toi, va, remets cette lettre à madame Page ; et toi, celle-ci à madame Ford. Nous prospérerons, enfants, nous prospérerons.

PISTOL. — Deviendrai-je im Mercure, un Pandariis de Troie, moi qui porte une épée à mon côté? Quand cela sera, que Lucifer emporte tout !

NYM.- — ^Je ne veux point de la bassesse de la chose, reprenez votre chose de lettre. Je veux tenir une conduite de réputation.

FALSTAFF, à -Rofein.— Tenez, mon garçon, portez promptement ces lettres; cinglez, comme ma chaloupe, vers ces rivage dorés. (Aux deux autres,) Vous, coquins, hors d'ici ; courez, disparaissez comme des flocons de neige. Mez, travaillez hors d'ici, tournez-moi vos talons. Cherchez un gîte, et faites-moi vos paquets. Falstaff veut prendre l'humeur du siècle, faire fortune comme un Français : coquins que vous êtes! moi, moi seul avec mon page galonné.

(Sortent Falstaff et Robin.)

PISTOL. — Puissent les vautours te serrer les boyaux !

1 Ixioill becheater to them hothy and they shall he exchequers to me. Jeu de mots entre cheater (trompeur) et escheator (officier de l'Échic^uier).

ï. VI. 8

Avec une bouteille et des dés pipés, j'attraperai de tous côtés le riche et le pauvre. Je veux avoir des testons en poche, tandis que toi, tu manqueras de tout, vil Turc phrygien.

NYM.— J*ai dans ma tête des opérations qui feront la chose d'une vengeance.

pisTOL. — Veux- tu te venger?

NYM . — Oui, par le firmament et son étoile !

PïSTOL. — Avec la langue ou le fer?

NYM. — Moi ! avec les deux choses. — Je veux découvrir à Page la chose de cet amour-là.

PISTOL.— Et moi pareillement, je prétends aussi raconter à Ford comment Falstaff, ce vil garnement, veut tâter de sa colombe, saisir son or, et souiller sa couche chérie.

NYM. — Je ne laisserai point refroidir mçi chose. J'exciterai la colère de Page à employer le poison. Je lui donnerai la jaunisse ; ce changement de couleur a des effets dangereux. Voilà la vraie chose.

PISTOL.— Tu es le Mars des mécontents : je te secoi^de; inarche en avant.

(Ils sortent.)

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