‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 78 sur 301 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

George? (Bas à mistriss Ford.) Tenez, voyez-vous celte femme qui vient là? ce sera notre messagère auprès de ce misérable chevalier.

(Entre mistriss Quickly.)

MISTRISS FORD, à mistriss Page,— Sur ma parole, j'y songeais ; elle est toute propre à cela.

MISTRISS PAGE. — Vous allez voir ma fille Anne?

QuiCKLY. — Oui ma foi; et comment se porte, je vous prie, la chère mistriss Anne?

MISTRISS PAGE. — Eutrez avec nous, vous la verrez. Nous avons à causer avec vous.

(Mistriss Page, mistriss Ford et Quiokly sortent.)

PAGE. — Qu'est-ce qu'il y a, monsieur Ford?

FORD. — Vous avez entendu ce que m'a dit cet homme? Ne Tavez-vous pas entendu?

PAGE. — Et vous, vous avez entendu ce que m'a dit son compagnon ?

FORD. — Les croyez-vous sincères ?

PAGE. — Qu'ils aillent se faire pendre, ces gredins-là. Je ne pense pas que le chevalier ait aucune idée de ce genre : c'est une paire de valets qu'il a chassés et qui viennent l'accuser d'un dessein sur nos femmes. Ce n'est pas autre chose que des coureurs de grands chemins, maintenant qu'ils manquent de service.

FORD. — Es étaient à ses gages?

PAGE. — Eh ! sans doute.

FORD. — Je n'en aime pas mieux l'avis qu'ils nous donnent. Sir John loge à la Jarretière ?

PAGE. — Oui, il y loge. S'il est vrai qu'il en veuille à ma femme, je la lâche sur lui de tout mon cœur, et s'il en obtient autre chose que de mauvais compliments, je le prends sur mon front.

FORD. — Je ne doute point de la vertu de ma femme ; cependant, je ne les laisserais pas volontiers tous les deux ensemble. On peut être trop confiant : je ne veux rien prendre sur mon front ; je ne me tranquillise pas si aisément.

PAGE. — Tenez, voilà notre hôte de la Jarretière qui vient en parlant bien haut : il iaut qu'il ait du vin dans

la tête, ou de Targent dans la bourse, pour porter une face si joyeuse. — Bonjour, notre hôte.

(Entrent l'hôte et ShaUow.)

l'hôte. — Eh! qu'est-ce que c'est donc, mon gros? Un gentilhomme comme toi? un justicier?

SHALLOW. — Je vous suis, mon hôte, je vous suis. — Vingt fois bonsoir, cher monsieur Page. Monsieur Page, voulez-vous venir avec nous ? Nous allons bien nous divertir.

l'hôte. — Dis-lui ce que c'est, cavalier de justice, dis-lelui, mon gros.

SHALLOW. — Un combat à mort, monsieur, un duel entre sir Hugh, le prêtre gallois, et Gains, le médecin français.

FORD. — Notre cher hôte de la Jarretière, j'ai un mot à vous dire.

L HÔTE. — Que me veux-tu, mon gros?

(Ils se mettent à l'écart.)

SHALLOW^, à Page, — Voulez-vous venir avec nous voir cela? Mon joyeux hôte a été chargé de mesurer leurs épées; et il a, je crois, assigné pour rendez-vous, des lieux tout opposés : car on dit, je vous en réponds, que le prêtre ne plaisante pas. Écoutez-moi, je vais vous conter toute l'attrape.

l'hote, à Ford. — N'as-tu pas quelque prise de corps contre mon chevalier, mon hôte du bel air.

FORD. — Non, en vérité : mais je vous donnerai un pot de vin d'Espagne brûlé, si vous m'introduisez auprès de lui, en lui disant que je m'appelle Brook. Il s'agit d'une plaisanterie.

l'hote. — La main, mon gros. Tu auras tes entrées et tes* sorties: dis-je bien? et ton nom sera Brook.— C'est un joyeux chevalier. — Venez- vous ? Allons , chers cœurs.

sHALLow.-^Je viens avec vous, mon hôte.

PAGE. — J'ai oufdirequele Français maniait bien l'épée.

SHALLOW. — Bon, bon, nous savons quelque chose de mieux que cela, monsieur. Aujourd'hui vous faites grand bruit de vos intervalles, de vos passes, de vos estocades,

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