‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 77 sur 301 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

MisTRiss j^ACrE. — Et moi de même. S'il arrive jusqu'aux écoutilles, je renonce à tenir la mer. Yengeons-nous de lui, assignons-lui chacune un rendez-vous; feignons d'encourager sa poui'suite ; promenons-le finement d'amorces en amorces, jusqu'à ce que ses chevaux restent en gage chez notre hôte de la Jarretière.

MISTRISS FORD. — Oh ! jo suis de moitié avec vous dans toutes les méchancetés qui ne compromettront pas la délicatesse de notre honneur. Oh ! si mon mari voyait cette lettre, elle fournirait un aliment éternel à sa jalousie.

MISTRISS PAGE. — Regardez, le voilà qui vient, et mon bon mari avec lui. Celui-ci est aussi loin de la jalousie, que je suis loin de lui en donner sujet : et, je Tespère, la distance est immense.

MISTRISS FORD. — Vous étos la plus heureuse des deux.

MISTRISS PAGE. — AUous comploter ensemble contre notre gras chevalier,— Retirons-nous de côté.

(Elles se retirent de côté.) (Entrent Ford, Pistol, Page, Nym.)

FORD. — Non, j'espère qu'il n'en est rien.

PISTOL. — L'espoir, dans certaines affaires, n'est autre chose qu'un chien écourté ^ Sir John convoite ta femme. ' FORD. — Eh! mon cher monsieur, ma femme n'est plus jeune.

PISTOL. — Il attaque de côté et d'autre, riche et pauvre, et la jeune et la vieille. Tune en même temps qua l'autre, il veut manger à ton écuelle. Ford, sois sur tes gardes.

FORD. — Il aimerait ma femme ?

PISTOL. — Du foie le plus chaud. — Préviens-le, ou tu vas te trouver fait comme sir Actéon aux pieds de corne. Oh I Todieux nom I

FORD. — Quel nom, monsieur?

PISTOL. — Le nom de corne. Adieu, prends garde, tiens

* Curtail dog. On croyait que couper la queue à un chien était le moyen de lui ôter le courage. Ainsi, les paysans n'ayant pas droit de chasse étaient obligés de couper la queue à leurs chiens.

l'œil ouvert ; car les voleurs cheminent de nuit : prends tes précautions avant que Tété arrive ; car alors les coucous commenceront à chanter. — Venez, sir caporal Nym. — Groyez-lë, Page, il vous parle raison.

(Pistol Bort.)

FORD. — J'aurai de la patience. J'approfondirai ceci.

NYM. — Et c'est la vérité. Je n'ai pas la chose de mentir. Il m'a offensé dans des choses. Il voulait que je portasse sa chose de lettre, mais j'ai une épée, et elle me coupera des vivres dans ma nécessité. — Il aime votre femme : c'est le court et le long de la chose. Je me nomme le caporal Nym ; je parle et je soutiens ce que j'avance : ceci est la vérité ; je me nomme Nym, et Falstaff aime votrre femme. Adieu ; je n'ai pas la chose de vivre de pain et de fromage, voilà la chose. Adieu.

(Nym sort.)

PAGE. — Voilà la chose, dit-il. Ce gaillard-là a un grand talent pour mettre les choses à rebours du bon sens.

FORD. — ^Je prétends trouver Falstaff.

PAGE. — Je n'ai jamais vu un drôle si compassé et si affecté.

' FORD. — Si je découvre quelque chose, nous verrons.

PAGE. — ^Je ne croirais pas un tel hâbleur*, quand le curé de la ville me serait caution de sa sincérité.

FORD. — Celui-ci m'a tout l'air d'un honnête homme et d'un homme de sens. Nous verrons.

PAGE, à sa femme. — Ah! te voilà, Meg *?

MiSTRiss PAGE. — Où allcz-vous, George ? — Écoutez.

MiSTRiss FORD, à SOU marL — Qu'est-ce, mon cher Frank ? Pourquoi êtes-vous mélancolicpie ?

FORD. — Moi mélancolique ! Je ne suis point mélancolique.— Retournez au logis; allez.

MISTRISS FORD.— Oh ! sûrcmeut, vous avez en ce moment quelques lubies en tête. —Venez-vous, mistriss Page?

MISTRISS PAGE. — ^Je VOUS SUIS. — Vous reviendrez dîner,

* Cataian, voyageur revenant du Cataï. C'était le nom qu'on donnait aux menteurs.

* Diminutif de Marguerite.

Page 1