ACTE III, SCENE I
CAïus, bas à son ennemi. — Je vous prie, laissez-moi vous dire un mot à Toreille. Pourquoi n'êtes-vous pas venu me trouver?
EVANS, bas.— Je vous prie, ayezpatience. (Haut.) Nous prendrons notre temps.
CAïus. — Palsambleu ! vous êtes un poltron de Jean le chien, un Jean le singe.
EVANS, bas. — Je vous prie, ne donnons pas ici de quoi rire à ces messieurs. (Haut.) Je vous fendrai votre tête de poltron avec voire urinai, pour vous apprendre à manquer au rendez- vous que vous donnez.
CAïus. — Comment, diable, Jack Rugby, mon hôte de la Jarretière^ ne Tai-je pas attendu pour le tuer, ne Taije pas attendu sur la place que j'ai indiquée?
EVANS. — Gomme j'ai une âme chrétienne, voici incontestablement la place indiquée. J'en prends pour jugement mon hôte de la Jarretière.
l'hote. — ^Paix, tous deux, Gallois et Gaulois, docteur des Gaules, et prêtre de Galles, médecin de l'âme et médecin du corps.
CAïus. — Ahl voilà qui est très-vraiment bon 1 excellent !
l'hote, — Paix, vous dis-je ; écoutez votre hôte de la Jarretière. Suis-je politique? Suis-je subtil? Suis-je un Machiavel? Perdi;3,i-je mon docteur? Non, il me donne des potions et des consultations. Perdrai-je mon curé, mon prêtre, mon sir Hugh? non, il medonne la parole et les paraboles. Donne-moi ta main, docteur terrestre; bon. — Donne-moi, ta main docteur céleste ; bon. — Enfants de Tart, je vous ai trompés tous deux : je vous ai adressés à deux places différentes. Vos cœurs sont fiers, votre peau est sauve : qu une bouteille de vin des Canaries soit la fin de tout ceci; venez, mettez leurs épées en gage : suivez-moi, enfant de paix ; venez, venez, venez.
SLENDER. — 0 douce Anne Page I
(Shallow, Slender, Page et l'hôte sortent)
GAïus. — Ah! je vois ce que c'est. Vous faites des sots de nous deux. Ah 1 ah !
EVANS. — C'est bon, il a fait de nous deux ses joujoux.
Je désire que nous soyons bons amis, et que nous met- •tions un peu ensemble nos deux cervelles pour une vengeance de ce teigneux, de ce calleux de craqueur, l'hôte de la Jarretière.
CAïus. — Palsambleu! de tout mon cœur. Il m'a promis de me mener là où est Anne Page. Palsambleu, il s*est trop moqué de moi.
EVANS. — Je lui fendrai sa caboche. Venez, je vous prie.
(Ils sortent.)
SCÈUE II
La grande rue de Windsor.
Entrent MISTRIS PAGE bt ROBIN.
MisTRiss PAGE. — Allous, marchez devant, mon petit gaillard : vous aviez le poste de suivant, mais vous voilà devenu guide. Qu'aimez-vous mieux de me montrer le chemin, ou de regarder les talons de votre maître?
ROBIN. — J*aime mieux, ma foi, vous servir comme un homme, que de le suivre comme un nain.
MISTRISS PAGE.— Oh I VOUS êtes un petit flatteur : jele vois, VOUS ferez un courtisan.
(Entre Ford.)
FORD. — Heureuse renconti'e, mistriss Page! Où allezvous?
MISTRISS PAGE. — Eh ! Vraiment, monsieur, chez votre femme. Est-elle au logis?
FORD. — Oui, et si désœuvrée qu'elle pourrait vous servir de pendant pour le besoin de société. — Je pense que si vos maris étaient morts, vous vous marieriez toutes les deux.
MISTRISS PAGE. — Soyez-eu sûr, à deux autres maris.
FORD. — Où avez- vous fait Templette de ce joli poulet?
MISTRISS PAGE. — ^Je uc peux pas me rappeler le maudit nom de celui qui Ta donné à mon mari. Gomment s'appelle votre chevalier, petit?
ROBIN.— Sir John FalstafT.