‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 90 sur 301 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

FORD. — Sir John Falstaff!

MisTRiss PAGE.— Lui-même, lui-même; je ne puis jamais retrouver son nom. Mon bon mari et lui se sont épris d'une telle amitié... Ainsi, votre femme est chez elle?

FORD. — Oui, je vous le dis, elle y est.

MISTRISS PAGE. — Excusez , mousieur, je suis malade (îuand je ne la vois pas.

(Mistriss Page et Robin sortent.) (Ford s'avance sous la halle.)

FORD. — Page a-t-il bien sa tête? A-t-il ses yeux? A-t-il ombre de bon sens? Sûrement tout cela dort, rien de tout cela ne lui sert plus. Quoi ! ce petit garçon porterait une lettre à vingt milles, aussi facilement qu'un canon donne dans le but à deux cents pas. Il vous fait les arrangements de sa femme, fournit à sa folie des tentations et des occasions. — La voilà qui va chez la mienne, et le valet de Falstaff avec elle. Il n'est pas difficile de deviner l'approche d'un pareil orage, — Le valet de Falstaff avec elle! — 0 les bons complots!— Tout est arrangé : et voilà nos femmes révoltées qui se damnent de compagnie. — C'est bien, j^ te surprendrai! Je donne ensuite la torture à ma femme ; je déchire le voile modeste de Thypocrite mistriss Page ; j'affiche Page lui-même pour un Acléon tranquille et volontaire ; et, témoins des effets de ma colère, tous mes voisins crieront : C'est bien faiti (L'horloge sonne.) L'horloge me donne le signal, et l'assurance du fait justifie mes perquisitions. Quand j'aurai trouvé Falstaff, on m'en louera plus qu'on ne m'en raillera ; et aussi sûr que la terre est solide, Falstaff est chez moi. — Allons.

(Entrent Page, Shallow, Slender, l'hôte, sir Hugh Evans, Caius et Rugby.)

SHALLOW. —Bien charmés de vous rencontrer, mon sieur Ford.

FORD. — Fort bien ; bonne compagnie, sur ma foi. J'ai bonne chère au logis, et, je vous prie, venez tous dîner avec moi.

SHALLOW. — Quant à moi, il faut que vous m'en dispensiez, monsieur Ford.

SLENDER. — Il faut bien que vous m'excusiez aussi. Nous sommes convenus de diner avec mistriss Anne, et je n'y manquerais pas pour plus d'argent que je ne le puis dire.

sHALLow. — Nous soUicitous un mariage entre mistriss Anne Page et mon cousin Slender, et nous devons avoir réponse aujourd'hui.

SLENDER. — J'espère que vous êtes pour moi, père Page.

PAGE. — Tout à fait, monsieur Slender ; je me déclare en votre faveur. — Mais ma femme, monsieur le docteur Caius, est entièrement pour vous.

CAïus. — Oui, palsambleul et la jeune fille m'aime : ma gouvernante Quickly m'a dit tout cela.

l'hote. — Hé ! que dites-vous du jeune M. Fenton ; il danse, irpirouette, il est tout brillant de jeimesse, fait des vers, parle en beaux termes, est parfumé de toutes les odeurs d'avril et de mai. Allez, c'est lui qui l'aura; ses boutons ont fleuri *. C'est lui qui l'aura.

PAGE.— Jamais de mon aveu, je vous le promets. Ce jeune homme n'a rien : il a été de la société de notre libertin prince et de Poins : il est d'une sphère trop élevée, il en .sait trop. Non, il ne se servira pas de mes doigts pour remettre ensemble les débris de sa fortiuae. S'il prend ma fille, qu'il la prenne sans dot. Mon argent attend jnon consentement, et mon consentement n'est pas pour lui.

FORD.— Que du moins quelques-uns de vous viennent dîner avec moi. Sans compter la bonne chère, vous vous amuserez. Je veux vous faire voir un monstre : vous serez des nôtres, monsieur Page ; vous en serez, cher docteur ; et vous aussi, sir Hugh.

SHALLOW. — Adieu donc; bien du plaisir. — Nous en ferons notre cour plus à notre aise chez monsieur Page.

(Shallow et Slender sortent.}

1 C'était la coutume parmi les jeunes paysans, lorsqu'ils étaient amoureux," de porter dans leur poche des boutons d'une certaine plante appelée, en raison de cet usage, boutons des jeunes gens (batchelors buttons). Selon que les boutons s'ouvraient ou se flétrissaient, ils jugeaient du succès de leur amour.

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