‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 92 sur 301 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Une pièce dans la maison de Ford.

Entrent MISTRISS FORD bt MISTRIS PAGE.

MisTRiss FORD. — Ici, Jean ; ici, Robert. MisTRiss PAGE. — Vite, vite, et le panier de lessive? MISTRISS FORD. — Jo VOUS OU répouds. Robin 1 allons donc.

(Entrent des domestiques avec un panier.)

MISTRISS PAGE. — Veuez, venez, venez donc.

MISTRISS FORD.— Posez-le là.

MISTRISS PAGE. — Douncz VOS ordros à vos gens : le temps nous presse.

MISTRISS FORD. — Rappelez-vous bien ce que je vous ai prescrit, Jean, et vous, Robert. Tenez-vous prêts là, à la porte dans la brasserie ; et, quand vous m'entendrez vous appeler précipitamment; venez sur-le-champ : vous chargerez sans hésiter, sans délai, ce panier sur vos épaules : cela fait, portez-le en toute hâte au lavoir, là, dans le pré de Datchet, portez-le et videz-le dans le fossé boueux près du bord de la Tamise.

MISTRISS PAGE. — Vous exécutercz ceci de point en point?

MISTRISS FORD. — Je lé leur ai dît e redit ; ils savent

leur leçon par cœur. — Sortez, pour revenir dès que vous m'entendrez vous appeler.

(Les domestiques sortent.)

MiSTRiss PAGE. — Ah! voilà le petit Robin.

(Robin entre.)

MISTRISS PAGE. — Eh bien ! mon petit espion, quelles nouvelles en poche ?

ROBIN,— Sir John, mon maître, est à la porte de derrière. Mistriss Ford, il désire votre compagnie.

MISTRISS PAGE. — Rcgardez-moi , petit patelin : nous avez-vous été fidèle?

ROBIN. — Oui, je le jure : mon maître ignore que vous soyez ici. Il m*a menacé même d'une éternelle liberté, si je vous contais les nouvelles ; car, m'a-t-il dit, il me chasserait pour toujours.

MISTRISS PAGE.— Tu es uu bou enfant. Ta discrétion t'habillera : cela te vaudra des chausses et un pourpoint; mais je vais me cacher.

MISTRISS FORD. — Allez. — Toi, va dire à ton maître que je suis seule. Mistriss Page, souvenez- vous de votre rôle.

(Robin sort.)

MISTRISS PAGE. — ^Je te le promets. Si j'y manque, sifflezmoi.

(Mistriss Page sort.)

MISTRISS FORD. — Allez, allcz. — Nous corrigerons ces humeurs malsaines, cette grosse citrouille mouillée.— Il faut lui apprendre à distinguer les tourterelles des geais.

(Falstaff entre.)

FALSTAFF. — T'ai-je obtenu, mon céleste bijou*? Je mourrais maintenant sans regret. N'ai-je pas assez vécu? C^est ici le terme de mon ambition. 0 bienheureux moment!

MISTRISS FORD. — 0 mou cher sir John !

FALSTAFF. — Mistriss Ford, je ne sais point mentir, je ne sais point flatter. 0 mistriss Ford ! je vais pécher par un souhait qui m'échappe : je voudrais que votre mari

1 Citation d*Astrophel et Stella de Sidney.

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