‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 93 sur 301 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

fût morti Je te le dis devant le seigneur des seigneurs, je te ferais milady.

MisTRiss FORD. — Moi votie lady, sir John ! Hélas! je serais une pauvre lady. ,

FALSTAFF. — Q^G la cour de France m'en présente une égale à toi ! Je vois d'ici ton œil égaler Téclat du diamant : tu as deux sourcils arqués précisément de la forme qu'il faut pour soutenir la coiffure en portrait, la coiffure à voiles, toute espèce de coiffure en point de Venise.

MISTRISS FORD. — Uu simplc mouchoir, sir John : c'est la seule coiffure qui aille à mon visage et pas trop bien encore.

FALSTAFF. — Tu 68 uue traltresso de parler ainsi. Tu ferais une fenime de cour accomplie, et tu poses le pied avec une fermeté qui te donnerait une démarche parfaite dans un panier à demi-cercles ! Je vois bien ce que tu serais, sans la fortune ennemie. La nature est ton amie ; allons, il faut bien que tu en conviennes.

MISTRISS FORD. — Groyez-moi, il n'y a en moi rien de ce que vous dites.

FALSTAFF. — Et qu'est-ce donc qui m'a forcé à t'aimer? laisse-moi te persuader qu'il y a en toi quelque chose d'extraordinaire. Tiens, je ne sais pas mentir ni dire que tu es ceci, comme ces chrysalides sucrées qui vous viennent semblables à des femmes, sous un habit d'homme, sentant comme la boutique d'un droguiste dans le temps des herbes fraîches. Non, je ne le puis pas : mais je t'aime , je n'aime que toi , et tu le mérites.

MISTRISS FORD. — Ah ! ne me trahissez pas, sir John ! Je crains que vous n'aimiez mistriss Page. ^

FALSTAFF. — ^Vous pourricz tout aussi bien dire, que j'aime à me promener devant la porte d'un créancier, qui m'est plus odieuse que la gueule d'un four à chaux.

MISTRISS FORD. — En 06 CES, lo ciol Sait combien je vous aime ; et vous l'éprouverez un jour.

FALSTAFF. — Persévère dans ces bons sentiments, je les mériterai.

MiSTRiss FORD. — Et moi, je vous dis, vous les méritez, sans quoi je ne les aurais pas.

ROBIN, derrière le théâtre.— Uisinss Ford I mistriss Ford ! —-voilà mistriss Page, toute rouge, toute essoufflée, les yeux tout troublés, qui voudrait vous parler à l'instant. FALSTAFF. — Il ue faut pas qu'elle me voie : je vais me cacher derrière la tapisserie.

MISTRISS FORD. — Oui, de grâce : cette femme est la médisance même. {Falstaff se cache. Entrent 7nistriss Page et Robin,) De quoi s'agit-il? qu'est-ce (|ue c'est?

MISTRISS PAGE.— 0 mistriss Ford, qu'avez-vous fait? Vous êtes déshonorée, ^ous êtes perdue, perdue pour amais !

MISTRISS FORD. — De quoi s'agit>-il, chère mistriss Page? MISTRISS PAGE. — 0 ciel, cst-il possible, mistriss Ford!... ayant un si honnête homme de mari, lui donner un pareil sujet de soupçon I MISTRISS FORD. — Quel sujet de soupçon?

MISTRISS PAGE. — Quel sujot de soupçon! — Rentrez en vous-même. — Que vous m'avez trompée f MISTRISS FORD.— Comment? Hélas! de quoi s'agit-il? MISTRISS PAGE. — ^Votrc mari va paraître, femme, avec toute la justice de Windsor, pour chercher un gentilhomme, qui est, dit-il, en ce moment chez lui, de votre consentement, pour profiter criminellement de son absence. Vous êtes perdue !

MISTRISS FORD, à parf.— Parlez plus haut. — (Haut,) J'espère que cela n'est pas.

MISTRISS PAGE. — Plaisc au ciel qu'il ne soit pas vrai que vous ayez un homme ici ! Du moins est-il certain que votre mari arrive suivi de la moitié de la ville pour le chercher. Je ^uis venue devant pour vous avertir : si vous vous sentez innocente, oh ! j'en suis charmée. Mais si vous avez en effet un ami chez vous, qu'il sorte, qu'il sorte au plus tôt. — Ne restez point interdite ; rappelez vos sens, défendez votre réputation, ou dites adieu pour la vie à toute espèce de bonheur.

MISTRISS FORD. — Que ferai-jo? ma chère amie; il y a un gentilhomme dans la maison, et je crains bien moins

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