‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 95 sur 301 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

raison particulière de soupçonner que sir John était ici. Je ne Tai jamais vu si brutal dans sa jalousie.

MisTRiss PAGE. — Je trouverai moyen de le savoir; mais il faut nous divertir encore aux dépens de FalstafF. Sa fièvre de libertinage ne cédera pas à cette seule médecine.

MISTRISS FORD. — ^Nous lui euverrous cette sotte carogne de mistriss Quickly, pour nous excuser de ce qu'on l'aura jeté à l'eau, et lui donner une nouvelle espérance qui lui attirera une nouvelle correction.

MISTRISS PAGE. — C'est bien pensé. Donnons-lui rendezvous demain à huit heures pour venir recevoir un dédommagement.

(Rentrent Ford, Page, Caiuset sir Hugh Evans.)

FORD. — Il est introuvable. — Peut-être le fat s'est-il vanté de choses qui passaient son pouvoir.

MISTRISS PAGE.— Entendez-vous?

MISTRISS FORD. — Oui, oui, paix. Vous en usez bien avec moi, monsieur Ford, n'est-il pas vrai ?

FORD.— Oui, oui, madame.

MISTRISS FORD. — Quo le ciel rende vos actions meilleures que vos pensées I

FORD. — Amen.

MISTRISS PAGE. — Mousiei» Ford, vous vous faites un grand tort.

FORD. — Bien, bien, c'est à moi à supporter cela.

EVANS.— S*il y a quelqu'un dans la maison, dans les chambres, dans les coffres et dans les armoires, que le ciel me pardonne mes péchés au jour du grand jugement.

(iAïus.— Palsambleu ! je dis de même, il n'y a pas une âme ici.

PAGE. — Eh! fi! monsieur Ford, n'avez- vous pas de honte ! Quel esprit, quel démon vous a suggéré ces idées? Je ne voudrais pas avoir une pareille maladie pour tous les trésors du château de Windsor.

FORD. — C'est ma faute, monsieur Page; j'en subis la peine.

EVANS. — Vous souffrez d'ime mauvaise conscience.

Votre femme est une aussi honnête femme qu'on la puisse choisir entre cinq niille, et je dis encore entre cinq cents.

cAïus. — Palsambleu ! je vois bien que c'est une honnête fenune.

FORD. — ^A la bonne heure. Messieurs, je vous ai promis à dîner. Venez, en attendant, vous promener aans le parc; je vous en prie, pardonnez-moi. Je vous conterai pourquoi j*ai tait tout cela. — Allons, ma femme, allons, mistriss Page, pardonnei-moi, je vous en prie. Je vous en prie du fond du cœur, pardonnez-moi.

ï»AGE. — Allons, messieurs, entrons. Mais, par nia foi, nous le ferons enrager; et moi, je vous invite à Venir déjeuner demain matin chez moi, et après cela à la chasse à Toiseau. J'ai un faucon admirable poiïf lé l)ois. Est-ce chose dite ?

FORD. — Tout à fait.

EVANS.— S'il y en a un, je serai le second de la compagnie.

CAïus.— S'il y en a un ou deux, je serai le troisième*.

FORD. — Monsieur ÏPage, venez, je vous en pHe.

(Ils sortent. Evans et Caius demeurent seuls.)

EVANS. — Et VOUS, je vous prie, souvenez-vous demain de ce pouilleux de coquin d'hSte.

CAïus. — C'est bon, oui de tout* mon cœur.

EVANS. — Ce pouilleux de coquin avec ses tours et ses moqueries.

(Ils sortent.)

Page 1