‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 94 sur 301 · ACTE ni, SCÈNE flL iSl · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE flL iSl

ma honte que le datiger qui le menace. Je donnerais mille livres pour qu'il fût hors de là maison.

MisTRiss PAGE. — Eh î par mon honneur, laissez là vos j€ donnerais^ je donnerais; voilà votre mari qui arrive. — Savez- vous quelque moyen de le faire évader^?— Vous ne pouvez le cacher dans la maison. — Comme vous mV vez trompée î— Mais j^aperçois un panier.— S'il est d une taille raisonnable, il peut s'y fourrer. Nous pouvons le couvrir de knge sale, comme si c*était pour l'envoyer blanchir. C'est précisément le moment de la lessive, envoyez-le par vos gens au pré Datchet.

MISTRISS FORD.— Il est trop gros pour y entret*. Que deviendrai-je?

(Falstaff rentre.)

' FALSTAFF. — Laissez-moi voir; laissez-moi voir : ohl laissez-moi voir, — ^J'y tiendrai, j'y tiendrai. — SuiveE le conseil de votre amie. — J'y tiendi*ai.

BflSTRiss PAGE. — Et quoi? sir John Falstaff I chevalier, est-ce là votre lettre ?

FALSTAPF. — ^Je t'aime, je n'aime que toi, aide-moi à sortir d'ici, laisse-moi me fourrer là dedans.... Jamais...

(Il entre, s'entasse dans le panier qu'on achèye de couvrir de linge sale.)

MISTRISS PAGE. — Robiu, aidcz-nous à couvrir votre maître. Appelez vos gens, mistriss Ford. — Àh ! perfide chevalier !

MISTRISS FORD. — Eh ! Joaii ! Robert, Jean ! (Robin sort. Les deux domestiques entrent,) Tenez, emportez ces bardes : passez une perche dans les deux anses ; mon Dieu, que vous êtes lents ! Portez-les à la blanchisseuse dans le pré Datchet : vite, allez.

(Entrent Ford, Page, Caïus, sir Hugh Evans.)

FORD. — Approchez, je vous prie. Si j'ai soupçonné sans cause, vous aurez droit de vous moquer de moi : ne m'épargnez pas dans ce cas les plaisanteries; je les mérite. Arrêtez; où portez- vous ceci?

ROBERT. — ^Vraiment, à la rivière.

MISTRISS FORD. — ^Eh ! qu'avcz-vous besoin de savoir où ils le portent? 8ont-ee là vos affaires? Il vaudrait mieux que vous vinssiez vous mêler de la lessive I

FORD. — C'est pour laver. Si je pouvais me laver aussi de cette corne de cerf*. Cerf, cerf, cerf, je vous le dis, véritable cerf, je vous en réponds, et cerf de la saison encore. {Les valets sortent emportant le panier,) Messieurs, j'ai rêvé cette nuit; je vous dirai mon rêve. Commençons par chercher mes clefs ; les voilà. Montez, parcourez, visitez mes chambres, furetez partout; notre renard est pris, j'en suis garant : laissez-moi fermer d'abord cette issue, et maintenant fouillez le terrier..

PAGE. — Cher monsieur Ford, calmez-vous; c'est trop vous faire injure à vous-même.

FORD. — Soit, monsieur Page, soit. Montons, messieurs ; vous allez avoir du plaisir. Suivez-moi, messieurs.

EVANS. — Ce sont là des visions, et des jalousies bien fantastiques.

CAïus. — Palsambleu ! ce n'est pas la mode en France : on ne voit point de jaloux en France.

PAGE. — Suivons-le, messieurs, puisqu'il le veut : voyons le résultat de ses recherches.

(Evans, Page et Caius sortent.)

MisTRiss PAGE. — L'avcuture n'est-elle pas doublement réjouissante?

MISTRISS FORD. — Je uo sais pas de mon mari ou de sir John, lequel des deux je suis le plus contente d'avoir attrapé.

MISTRISS PAGE. — Daus quellcs transes il devait être, quand monsieur Ford a demandé ce qu'il y avait dans le panier?

MISTRISS FORD. — J'ai peur qu'il n'ait besoin d'être lavé aussi. Nous lui aurons rendu service en l'envoyant au bain.

MISTRISS PAGE. — Qu'il s'aille faire pendre ce débauché coquin ; je voudrais voir tous ceux de son espèce dans des angoisses pareilles.

MISTRISS FORD. — Il faut quo mon mari ait eu quelque

* Buch! I Uiish I could wash myself of the Btick ! Ford joue sur le mot huck qui signifie également lessive, lessiver et daim. Le jeu de mots a été impossible à rendre littéralement.

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