‹ uvres complètes de TabarinChapitre 38 sur 123 · Et aux grandes vertus. (Edit. orig · texte numérisé non relu

Et aux grandes vertus. (Edit. orig

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senteur au monde plus forte ny qui pénètre plustostau cerveau. Mais pour conclurre en cela, recognoissez vostre bestise, ne me pouvant rendre aucune resolution de mes demandes. La seule et formelle invention que vous pouvez rencontrer pour empescher qu'il n'y eust de la fumée dans la cheminée, et qu'il ne sentît mauvais dans le réceptacle merdique, ou, pour parler plus purement entre nous et entre hommes privez, dans le cabinet privatique , est qu'il faudroit faire le feu dans le privé et chier en la cheminée : c'est la plus jolie invention que les arracheurs de teste, je veux dire les architectes , ayent jamais sceu rencontrer.

Qjj estion XXIII.

D'oà vient que les femmes sont plus galeuses que les hommes.

Tabarin.

E me suis estonné cent fois de ce qu'une femme, en trois ou quatre coups d'esperon, envoyoit un homme de Paris à Naples, et de là en la ligne equinoctiale, et que bien souvent, par des fréquentes veues et reveuesque les hommes ont avec les femmes, remportent de larges galles qui les diffament entièrement. Pour quelle raison croyez-vous que les femmes ayent plustost le farcin et la galle que les hommes ? Je vous prie de promener un peu vostre esprit dans ceste gallerie.

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Le Maistre. Pour t'en bailler la vraye origine , il faudroit fueilleter les autheurs qui en ont parlé. Les uns disent que les Espagnols apportèrent ceste maladie des Indes ; autres en accusent les Italiens. Quoyque c'en soit, il est trèsfacile de voir que c'est une juste punition du ciel par laquelle il veut tirer raison des brutales actions des hommes. Pour la raison naturelle, elle est très-claire : la corruption vient de l'humidité superabondante , en quoy la femme surpasse l'homme ; car il n'y a rien de plus humide ny de plus remply de saleté et de corruption que la femme. C'est pour ceste cause qu'ayant en soy ce principe, il est facile de juger qu'ils en peuvent communiquer les effects à ceux qui les hantent et fréquentent.

Tabarin. Vous estes aussi sage en ceste matière comme aux autres , nostre maistre. La vraye raison pour laquelle les femmes sont plus galeuses que les hommes , c'est parce que de tout temps elles ont aymé à porter les vertus galles , afin de faire paroistre leurs calendriers extimes plus gros (car il faut que l'enclume soit plus large et plus grosse que le marteau) ; mais la vertu, estant pour le jourd'hui mesprisée, a pris son vol vers le ciel , et la galle leur est demeurée. Voilà la raison quidditative pourquoy les femmes sont plus galeuses que les nommes.

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Question XXIV. A quoy ressemble l'humeur d'une femme.

Tabarin.

U 'estimez-vous de toutes les choses du monde qui aye plus de correspondance avec la femme , nostre maistre ?

Le Maistre. Voicy un champ de longue estendue, Tabarin. La femme estant un excrément de la nature, et, comme disent les anciens poètes, le superflus de la matière qui restoitde l'homme, a aussi une grande correspondance avec tous les animaux irraisonnables. L'homme seul , cest animal divin et microcosme et abrégé des plus rares objects de l'univers , est unique qui , par un ascendant advantageux , a eu la raison en partage ; la femme n'en a eu qu'une petite parcelle: aussi symbolise -elle avec toutes sortes de bestes ; c'est ce que vouloit dire fort bien le sçavant poète :

Fies enim subito sus horridus attaque tigris , Squamosusque dracoetfulva cervice leœna.

Et , à vray dire , si on examine toutes les actions d'une femme , on y verra un grand distant de raison, qui est la maistresse pièce , et le ressort que la nature humaine nous a donné pour mettre

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nos entreprises à chef. Quelquesfois elle se met en furie et s'arme de l'irascible du lyon ; quelquefois la mélancolie la saisit , et ne s'attache qu'aux choses de la terre ; tantost elle prend la forme d'une syrène , et , pire que Circé , desploye tous ses artifices pour se faire valoir. Mais sur tout ce à quoy je la pourrois comparer avec beaucoup d'avantage, c'est avec un singe: car tout ce qu'elle fait sont vrayes singeries, taschant- en toutes ses actions de vouloir faire de l'homme et feindre ce qu'elle n'est pas; leur singerie paroist en leur ambition , teste esventée et folies légères, où quelquesfois elles s'attachent avec avidité et ne songent qu'à assouvir leurs appétits et imaginations fantastiques.

Tabarin. Je ne sçay pas si c'est que vous avez baisé vostre mère au cul en venant au monde, que vous parlez si mal desfemmes; mais il me semble que vous n'avez esté nourry à autre escole sinon que pour par mal parler d'elles. Ce à quoy une femme me semble bien ressembler, c'est aux quatre elemens.

Le Maistre. Voilà un problème bien esloigné du vray semblant, Tabarin. En tant qu'elles sont composées des quatre elemens, elles peuvent avoir quelque rapport avec eux ; mais si on les prend selon leur particulier, il n'y a rien de plus esloigné.

Tabarin. Premièrement, elles ressemblent à la terre , sont lourdes , stupides et terrestres , n'ayans que des opérations mollasses et bastardes; en second lieu, elles tiennent de la qualité de l'eau, à cause de leur humidité; de l'air elles ont emprunté la légèreté et la vistesse , et

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du feu la promptitude, car il n'y a rien de plus inconstant ny de plus fougueux. Elles ont les jambes de terre : il n'y a rien de plus fragile ny de plus subjet à tomber ; elle a les mains et le corps d'eau ; la teste est composée d'air : car il n'y a rien de plus impatient ny qui soit plus léger.

Le Maistre. Et le feu, où le logeras-tu, Tabarin ?

Tabarin. Pour le feu, à cause que c'est un élément plus rapide, elle l'a mis en son derrière. Il n'y faut plus que souffler. C'est le plus beau calendrier que vous vistes jamais.

Qjjestion XXV.

Quelle est la pierre la plus précieuse du monde.

Tabarin.

On maistre , il y a une infinité de pierries au monde; laquelle estimez-vous la plus précieuse?

Le Maistre. La nature s'est égayée sur divers subjets , et principalement en la production des pierres , où elle a versé ce qu'elle avoit de plus beau et de plus rare; là, comme dans un clair miroir, on voit reluire et briller ses puissances, estallant en ces objets les plus riches couleurs qu'elle eust jamais mis au monde, voire mesme il semble que les pierreries veulent con-

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tester avec les astres de la beauté de leurs rayons, veu que d'une sombre et obscure nuict elles fontnaistre un jour clair et serain. Entre les pierreries il y en a de diverses espèces. Vous avez premièrement la perle orientale , qui se fait de la pure rosée gelée, et puis recuitte par les rais du soleil; il y a des rubis et escarboucles, toutes deux bien rayonnantes et estincellantes; il y a la sardoine et l'amethiste, la turquoise et la crisolite, le saphir, l'opale, la gerosole, l'hiacinthe, l'emeraude , la cassidoine , l'ambre et le cristal , l'aimant, le beril, les coquilles et naces; mais quelques pierreries que la nature ait jamais produit, il ne s'en peut trouver de plus riches, de plus brillantes ny de plus agréables que le diamant : il jette un esclat fort et estincellant et remplit les environs d'une vive lueur qui sort de son fonds ; bref, de tout temps ceste pierrerie a esté estimée pour la plus riche et la plus belle qu'il y eust en la nature. Les anciens autheurs nous ont voulu faire croire que le diamant ne se pouvoit fondre ny altérer que par le sang de bouc ; mais l'expérience nous enseigne le contraire.

Tabarin. La plus fine et la plus précieuse pierre que j'estime estre en la nature est la meule d'un moulin, nostre rnaistre.

Le Maistre. Voilà bien rencontré, Tabarin ; comment se pourroit faire ce que tu dis ? il n'y a rien de plus lourd que ceste pierre. Nous sommes en un temps où on ne fait estime que des choses qui sont rares, et non de ce que nous voyons tous les jours devant nos yeux.

Tabarin. Pourriez-vous trouver quelque chose de plus précieux que ce qui nous donne la vie ?

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La meule de moulin a cet efficace , et bien d'avantage : elle faict que tout le monde chie l'or; n'est-ce pas là une grande vertu ? Y a-il diamant qui se puisse esgaler à une si riche pierre ?

Question XXVI.

Qui est-ce qui a de meilleures intelligences au débit de la marchandise, de l'homme ou de la femme.

Tabarin.

Ous avez esté en divers endroits de la terre et veu une bonne partie de ce qui se peut voir de beau et de souhaitable : qu'avez-vous remarqué qui trafique le plus , l'homme ou la femme ?

Le Maistre. Il n'y a point de doute que tout ce que je pourrois dire au desadvantage de l'homme en ce subjet ne tournast à mon propre blasme , chacun sçaitbien le peu d'expérience qu'ont les femmes, et combien elles sont peu soigneuses et exercées en la marchandise. L'homme , quelque action qu'il puisse embrasser, a tousjours esté au dessus des femmes.

Tabarin. Je sçais bien que la femme ne demande jamais que le dessous de l'homme ; mais encore remarquay-je quelque action où elles les surpassent.

Le Maistre. Pour mon regard, sçachant l'imperfection qu'il y a en la femme , et balançant leur humeur avec la sagesse et la prudence de l'homme, je trouve que l'homme, et pour entre-

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prendre quelque chose de grand , et pour advancer quelque œuvre encommencé, a beaucoup d'avantage sur la femme : car en tant qu'il ne fait ou entreprend aucune chose qu'il n'y ait premièrement consulté la raison et l'expérience , en cela il surpasse la femme, jouxte que quand il faut aller trafiquer en lointain pays , traverser les régions et aller jusques aux Indes pour y trafiquer, ce sont entreprises non de femmes, qui sont lasches et de peu de courage, mais d'hommes, qui, d'un cœur masle, franchissans par dessus tous les hazards qu'ils peuvent rencontrer, pénètrent et se font planche dans les provinces les plus reculées. De sorte que je conclus que, de quelque façon que tu le prennes, tousjours l'homme trafiquera d'avantage que la femme 1 .

Tabarin. On peut bien recognoistre que vous avez fort peu d'expérience en cecy, veu qu'il n'y a trafic plus grand que celuy que font les femmes.

Le Maistre. Quel débit de marchandise fontelles pour faire un tel trafic? Pour moy, je n'en voy aucune apparence.

Tabarin. Le trafic et le débit qu'elles font est qu'en une demie heure, avec les intelligences qu'elles ont, elles baillent une lettre de changea un homme pour aller en Surie, et leur donnent delà marchandise assez pour y passer leurs jours caniculaires. Quel plus beau trafic sçauroit-on trouver que d'avoir des intelligences si loin et en pays si reculez ?

I. Ici commence la transposition qui est signalée plus haut, p. 177.

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