‹ uvres complètes de TabarinChapitre 37 sur 123 · Locution burlesque empruntée à Rabelais · texte numérisé non relu

Locution burlesque empruntée à Rabelais

Tabarin. I. 12

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Question XIX.

Qui sont ceux qui surpassent les diables en meschancetez.

Tabarin.

Uelles gens, à vostre avis, surpassent le diable en malice , mon maistre?

Le Maistre. Il est très-certain que, le diabie estant l'autheur de tous vices et le seul ressort par le moyen duquel tous les malheurs que nous avons ont esté enfantez en la nature , ce seroit mal penser de croire qu'il y eust quelqu'un plus malicieux que luy en l'univers ; toutesfois je ne sçay comment la corruption s'est glissée dans ce siècle et comme quoy la meschanceté y a pris telle racine, que pour le jourd'huy nous voyons ordinairement que la malice de l'homme va de pair avec la meschanceté du diable, veu que le plus souvent il met des actions au jour que le diable a mesme en horreur. En quels estranges symptômes a-t-on veu la nature réduite depuis que ceste corruption s'est engendrée en l'univers? En quels crimes énormes n'a-on veu desborder les hommes ? Quelles actions horribles n'a-on veu parmynous?

Tabarin. Vous auriez plus de raison si vous disiez que ceux qui surpassent les diables en

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meschanceté, ce sont les femmes : car il n'y a chose plus malicieuse que ce sexe.

Le Maistre. Au contraire, qu'y a-il de plus doux, de plus pieux que les femmes? On ne" voit pas sortir d'icelles ny des conseils sanglans , ny des actions prodigieuses que produisent les hommes.

Tabarin. Souvenez-vous que je les tiens au dessus des diables en meschanceté , car les diables ne tourmentent que les morts, et les femmes tourmentent les vifs; aussi en tout temps ont-elles une teste de diable , et n'y a aucun moyen de les dompter quand une fois elles s'imaginent quelque chose en leur caprice.

Le Maistre. Tu fais injure aux femmes de dire qu'elles ayent une teste de diable.

Tabarin. Je ne parle point sans preuve. Vous devez sçavoir que Pluton, père des diables , vint un jour aux prises avec Cibèle, mère des dieux, et contestèrent fort long temps dans l'antichambre de Jupiter pour le partage qui estoit arrivé à Pluton, dont il se mescontentoit grandement, de sorte que, la querelle montant peu à peu, ils en vindrent aux mains. Jupiter, qui faisoit des depesches en son cabinet pour envoyer aux nouveaux habitants de Canada , oyantce bruit et ignorant que c'estoit, envoya Mercure, le plus subtil qui fut jamais entre les divinitez, et luy commanda de faire passer au fil de l'espée ceux qui luy faisoient un tel bruit. Luy, sans regarder ceux sur qui il deschargeroit son coup, leur coupe à tous deux la teste; mais , ayant recogneu que c'estoit Pluton et Cibèle, il en vient advenir Jupiter, lequel, en mesme temps quittant ses depesches , arrive sur le

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lieu où le pauvre diable de Pluton tiroit aux abois, el promptement prenant la première teste qu'il rencontra , la remit sur le tronc qui le premier luy vint au devant , ne prenant garde que la teste de la femme il la mettoit sur le corps du diable, et la teste du diable sur le corps de la femme ; et depuis ce temps-là les femmes sont devenues grandement plus meschantes que ne sont pas mesmement les diables qui sont aux enfers.

Question XX.

Quel est le plus advantageux, de l'homme sain ou du malade.

Tabarin.

On maistre, me direz-vous bien celuy qui est le plus advantageux, de l'homme sain ou du malade ? C'est une question de vostre médecine , et que vous pourrez peut-estre expliquer : c'est le propre d'un savetier de parler de son soulier et de sa forme essentielle.

Le Maistre. A la vérité, Tabarin , ayant passé le meilleur de mts ans en la médecine , ce seroit avoir peu profité si je n'en avois attaint quelque légère cognoissance. Il ne faut aucune médecine pour conclurre que celuy qui est sain et gaillard est plus heureux que celuy qui se porte mal et est

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indisposé, parce qu'estans en bonne disposition, nos organes, qui sont en bonne intelligence, produisent des actions bien plus advantageuses que non pas ceux qui , estans comme assoupis dans les langueurs d'une importune et fascheuse maladie , trempent dans une continuelle paresse, et ne peuvent faire paroistre au dehors aucunes fonctions qui leur puissent donner quelque louange ; outre que Pâme qui est dans un corps qui se porte bien a un grand ascendant en ses opérations et produit des œuvres bien plus excellentes que celle qui est dans un corps malade ; de là on voit que les mélancoliques , à cause qu'ils ont les sens hebetez, terrestres et stupides, ne font aussi que des actions grossières, bien loing de ceux de qui l'agilité du corps accompagne et suit l'agilité de l'esprit.

Tabarin. Et moy, je trouve que les malades sont plus heureux que les mieux disposez, et ceux qui jouyssent d'une pleine et entière santé, parce que quand on est au sommet de la roue , il faut descendre; au contraire un malade, plus il se trouve indisposé , et plus il attend sa guarison avec ardeur et véhémence ; et ainsi il est plus heureux que celuy qui est sain , puis qu'il n'attend que la maladie.

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Question XXI.

Combien il y a de poincis à la chemise d'une femme.

Tabarin.

Ous me direz que vous n'estes point cousturier et qu'il faudroit faire une exacte recerche de ce que je vous demande pour m'en dire quelque chose ; toutesfois je vous voudrois demander combien il faut de poincts pour parfaire la chemise d'une femme.

Le Maistre. Ce seroit regarder de bien près, Tabarin. Nous ne devons juger que de ce qui nous regarde , et non aller regratter sur ce qui ne nous touche pas : la curiosité est trop importune en cecy.

Navita de vends, de bobus narrât arator.

Nous ne devons arrester ny jetter les yeux sur des choses de si peu de conséquence; nostre esprit, qui tient son estre du ciel, ne doit rechercher que des curiositez qui sont dans le ciel, et non se laisser abboutir aux vanitez et folies de la terre. Aquoy bon d'assujettir sa pensée à la considération des femmes ? C'est un subjet trop humble et trop bas.

Tabarin. Je veux dire, nostre maistre, si le subjet est si bas, il ne faut que mettre le pied dans l'estrier et monter dessus , ou bien prendre une

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fueille de papier , afin de le faire plus grand et plus sublime.

Le Maistre. Faut-il qu'incessamment je te reprenne de ceste licence effrénée que tu as de proférer tant de vilaines paroles et tant d'équivoques ? Doit-on en un public parler si licencieusement ? N'est-ce pas assez que je t'ay repris de ce vice, sans que tu t'y laisses retomber de rechef?

Tabarin. Voilà le vray et unique bouclier par lequel et avec qui vous pouvez parer à toutes mes demandes ; c'est le seul moyen par lequel vous pouvez esviter mes attaques; toutesfois, puis que vous ne m'en scavez donner aucune resolution , je vous veux l'enseigner. Pour sçavoir asseurement combien il y a de poincts à la chemise d'une femme , vous pouvez tenir pour certain qu'il y en a cent devant et cent derrière , et de la senteur par tout.

Question XXII.

Pour empescher la fumée et la senteur d'un privé.

Tabarin.

On maistre , si par cas fortuit vous aviez quelque grand bastiment , et qu'après l'avoir édifié , le lieu se trouvast si incommode que la fumée vous importunast sans cesse et que l'odeur du privé vous vînt border le nez comme des lunettes, quelle invention trouveriez-vous pour empescher

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qu'il ne fumast dans vostre cheminée et qu'il ne sentist aussi mauvais dans vostre privé ?

Le Maistre. Il est très-vray que le plan d'un bastiment est quelquesfois mal pris, ou les fenestres si peu proportionnées que le vent d'un souffle perpétuel importune ceux qui sont dedans; toutesfois , l'esprit de l'homme s'est rendu si expert en toutes choses, qu'il n'y a rien qu'il ne mette à chef quand il en a pris la resolution ; l'aage et l'expérience nous ont fourny mille inventions pour résister à ces empeschemens que tu nous apportes, et n'y a chose au monde, pour haute et relevée qu'elle puisse estre,qui ne face joug à la science ' de l'homme, qui peu à peu s'est accreue et augmentée à ce dernier poinct où elle est :

Hinc varice venere artes : labor omnia vincit Improbus et duris urgens in rébus egestas.

La nécessité est une pépinière d'où sont sorties, tanquam ex equo Irojano, toutes les plus riches inventions etsubtilitez du monde.

Tabarin. Vous avez beau cajoler, et toutesfois ne m'enseignez-vous point par quelle industrie vous entreprendriez de satisfaire à ma demande.

Le Maistre. Pour empescher la fumée, on a depuis peu inventé ces garde-vents qui empeschent que le vent ne descende , et luy ferme le passage; quant aux lieux secrets, il ne faut qu'avoir quelque senteur odoriférante.

Tabarin. Quel parfum plus odoriférant sçauriez-vous désirer que l'odeur du privé? Il n'y a

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