AU LECTEUR
Ecteur, sçache quej'ay mis ce livre en lumière pour double cause : la première , afin que Rodomont , Isabelle et Tabarin demeurent tousjours dans Paris , sinon de corps , à tout le moins de renom ; la seconde, pour contenter et recréer ton esprit en la lecture de ce livre. Que seroit-ce si ces galans hommes, en la représentation desquels j'ay pris tant de plaisir et de contentement, ne faisoient une éternelle demeure dans la mémoire de messieurs de Paris ? Helas ! tant de fainéants , tant d'escohers , tant de laquais, les uns quittans leur mestier, les uns leurs classes, et les autres leur service , qui ont tant appris de bien et d'honneur dans l'isle du Palais, perdroient la science qu'ils y auroient acquise, et au retour de leur service, de leurs estudes et de leur mestier, ne pourroient rendre à leurs parens l'eschange de leur argent avec la science, et ainsi les asnes et baudets seroient à tout jamais disgraciez, et si vivroienten ignorance, que tout le monde fuit. Mais, ayant ce petit Venit mecum en leurs mains, à tous propos et interrogations de leurs parens ils pourront hardiment dire : Tabarin a fait cecy , Tabarin a fait cela ; et par ainsi ils seront aimez, et me béniront éternellement, qui suis à tout jamais, durant que mon ame animera mon corps, Leur humble et plus qu'obéissant serviteur.