‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 23 sur 100 · LX NOTICE · texte numérisé non relu

LX NOTICE

L'ensemble de cet exorde, si propre à faire connaître le ton et le style de l'auteur, ne laisse, je le crois, aucune équivoque sur les mots : il ne faut pleurer que sur celle des jjiéchants , etc. L'orateur ne veut pas dire qu'il faut donner des regrets aux méchants , et non aux gens de bien : cela serait absurde. D'ailleurs, tout son discours démontre le contraire. Envisageant la postérité et la vie éternelle, il veut qu'on pleure sur les méchants : il les trouve à plaindre, parce qu'ils meurent accablés de malédictions, et privés des récompenses promises aux justes, tandis que les gens de bien meurent au milieu des accents de la reconnaissance, qui les accompagnent jusque dans le sein de la divinité. Ce langage appartient surtout à la secte stoïcienne, qui ne reconnaît d'autre bien que Isi vertu, d'autre mal que le vice. La Harpe, néanmoins, rapporte isolément la phi^se qui donne lieu à ces observations, ce qui la dénature en quelque sorte; et puis il ajoute : a Cette « idée n'est nullement vraie. On dirait avec beau* « coup plus de fondement : Il faut pleurer sur la a cendre des hommes vertueux, car ils ne peuvent « plus faire le bien; et ce début même, dans la «bouche du stoïcien Apollonius, serait beaucoup « plus intéressant et plus adapté au sujet (i). »

(i) Cours de Littérature , i8aa, tome XiV, page 193.

SUR THOMAS. LXt

Les vérités mâies que proclame Apollonius excitèrent, d^ns la sëaace de rAcadémie, des applau-lissem^nts si vifs et si prolongés que le public parut en faire l'application à des ministres, qui se croyaient assez forts pcfur braver l'empire de Topinion. Thomas reçut Tordre de ne pas liTTcr k l'impression Y Éloge de Marc-Aurèlcy qu ilne publia qu'en 1773, sous un nouveau ministère, après en avoir retranché de$ longueurs.

En qualité de directeur, il répondit au discours de. réception que M. de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, prononça, le 6 septembre 1770, à l'Académie française. Sa réponse roule siur le génie des affaires, sur le besoin que les gens en place et les gens de lettres ont de se rapprocher pour s'éclairer mutuelle-» ment. Le sujet était adapté au genre île mérite du prélat, qui, dans son diocèse et dans les as^ semblées du clergé, avsût acquis la réputation d'un politique habile, et qui sans doute l'aurait conservée , si les rênes de l'état ne lui avaient été remises à une époque décisive, au commence-^ . ment d'une révolution terrible, dont il était si loin de pressentir les désastres, quon l'accuse d'en avoir, par ses imprudences, fait naître Jes premiers orages. Les mémoires et les correspondances du temps nous apprennent que la harangue de Thomas donna lieu à plusieurs allu-

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sions, auxquelles il n'avait peut^tre pas songé; que le 4uc d'Aiguilloa en deaianda justice à Louis XY, et que M, Séguier, avocat général, s'en plaignit au chancelier Maupeou. Ce dernier retint le manuscrit, « le seul que l'autetir «( eût de son discours, dit Grinim, et ne lui laissa a pas ignorer que , s'il en paraissait jamais un «fragment ou la totalité, soit imprimé^ soit en « manuscrit, il eu referait responsable, et courrait tf le risque d'une punition rigoureuse (i). » L*archevéque de Toulouse, par égard, pour son confrère, ne fit point paraître son discours, qui ne fut imprimé qu'environ quarante ans après (a),

V Essai sur le caractère, les mœurs et P esprit des femmes y dans les différents siècles^ '77^9 était, dans cette première édition, précédé d*un avertissement qu'il est bon de rapporter. Le ▼oiâ :

a Fénélon a écrit sur l'éducation des femmes. « D'autres écrivains plus ou moins célèbres ont «traité après lui le même sujet; et peut-être y «aurait-il encore un ouvrage nouveau à faire « sur cet objet, un des plus négligés et des plus

(i) Correspondance, octobre 1770,

(a) Dans le Choix de Discours de réception à V Académie française y 1808, tome I, pajjc 414.

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