‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 22 sur 100 · LVI NOTICE · texte numérisé non relu

LVI NOTICE

dont la musique était du célèbre et malheureux I^ Borde, premier valet-de-chambre de Louis XY, qui périt sur Téchafaud révolutionnaire en 1 794. Le sujet en est austère et philosophique; le style, toujours grave et solennel, est loin d'avoir ce charme que la fable prête aux accents du héros de la pièce : on devinait aisément que ce genre de composition ne convenait point k Fauteur; et cet essai Va trop bien prouvé.

Après trois ans de silence , Thomas fixa sur lui plus que jamais les regards des connaisseurs, par la lecture qu'il fit de son Éioge de Marc* y^urèle à l'Académie française , le jour de la Saint- Louis 1770. Ce panégyrique était la meilleure réponse qu'il put opposer à ses détracteurs:

toutes ses beautés s'y fortifient, presque tous ses défauts y disparaissent. On s'était récrié tant de fois contre son emphase et son obscurité, qu'il s'étudie surtout à être naturel et clair. Le bonheur de la forme, la sublimité de la morale, l'élégante simplicité du style , tout semble faire de ce discours une véritable composition anti^ que. Le comte de Guibert, successeur du panégyriste, dit de cet éloge: c On pourrait le croire ff récemment découvert sous les ruines du Capi* u tôle; on y est en effet transporté dans Borne, c( on assiste à la pompe funèbre, on la voit, on

SUA THOMAS. LVir

«roardie, on s'arrête avec elte(i). » C'est le philosophe Apollonius, le maître et l'anii de Marc- ^tirèle qui , placé près du cercueil du plus sage tfles empereurs , retrace ses pensées, ses actions, ses bien£aits , devant \m peuple désolé dont il inv«x)ue le témoignage , et qui répond à ses interpellations. Le cardinal Mqury loue cette création heureuse , en regrettant de <c n'y trouver ni M l'ardente sensibilité de Rousseau , ni l'imagi- « nation pittoresque de Bufifon (a). » Cette remarque est-elle juste? je ne le crois pas. Un stoïcien rigide s'interdit les élans d'une éloquence passionnée : aussi celle d'Apollonius at-eJle plus d'austérité que d'abandon. Sa douleur est profonde ; mais elle est noble et calme. « Les c mouvements variés de l'orateur, qui de temps « en temps s'attendrit et s'interrompt, dit La « Harpe, et ceux des citoyens qui répondent aux « siens, les mots qu'il adresse quelquefois à Com- « mode, fils et successeur de Marc-Aurèle, pré- « sent à cette cérémonie, et qui annonce déjà « par l'air dont il écoute le philosophe , que « Maro-Aunle est tout entier dans le tombeau; « les députés des nations qui apportent tour-à-

(i) Discours de réception , prononce le i3 février 178^. fa) Essai sur V Éloquence de la Chaire , tome II, pa^e 1621.

LVIII VOTICS

« tour à sa cendre les^regrets et les homiiMiges « <les trois parties du monde ; les demi wes pa- « rôles d'ApoUooius qui ose pressentir, dans sa « douleur, la tyrannie dopt GoauDode menace « l'univers ; enfin Coromode lui-même qui, las «d'entendre louer ce qu'il n'imitera pas, agite « sa iauçe d'une manière terrible et interrompt ■ toutià<x>iip dans la bouche de l'orateur l'éloge « de la vertu; la terreur et- la consternahon du « paiple romain ; tous ces mouvements forment « un drame moral, plein de majesté et d'intérêt, «digne d'être représenté devant des sages el «devant des rois (i). »

Le critique célèbre à qui nous empruntons ce résumé, paraît avoir commis une méprise sur le sens de l'une des premières plvases de cet éloge. Poinr lui répondre, nous rapporterons le début que l'auteur met dans la bouche d'Apollonius : «Romains, vous avez perdu un grand homaie; « et moi j'ai perdu uti ami. Je ne viens pas pieu- « rer sur sa cendre : il ne faut pleurer que sur « celle des méchants; car ils ont fait le mat, et ne « peuvent plus le réparer. Mais celui qui a ^té «soixante ans vertueux, et qui vingt ans de

• (i) OEuvres de La Harpe, tome X, Correspondance littéraire ^ tome I, page lao.

suit TttOlfAS. UX

tf suîu a été ulile aux homtoes; celui qui, dans

« tout le cours de sa vie, n'a point eu d'erreurs,

« et qui sur le trône n'a point eu de faiblesses ;

«celui qui a toujours été bon, juste, bienfaisant,

«généreux, pourquoi le plamdre? Romains,

«la pofnpe funèbre de l'homme juste est le

« triomphe de la vertu qui retourne à l'être su*

c préme. Consacrons cette fête par nos éloges :

« je sais que la vertu n'en a pas besoin; mais ils

« seront Thommage de notre reconnaissance. Il en

« est des grands hommes comme des Dieux.

«c Comblés de leurs bienfaits, nous n'avons pH

upùuT eux deâ récompenses, mais nous avons

m des hymnes. Puissé-je, au bout de ma carrière,

«en parcourant la vie de M;irc-Âurèle, honorer

« à vos yeux les derniers moments de la mienne !

c Et toi, qui es ici présent, toi, son successeur

cet son fils, écoute les vertus et les actions de

« ton père : tu vas régner ; la flatterie t'attend

«pour te corrompre. Une voix libre, pour la

« dernière fois peut-être , se fait entendre à toi.

« Ton père, tu le sais, ne m'a point accoutumé

«r à parler en esclave. Il aimait la vérité : la vérité

« fait son éloge. Puisse- t-elle de même un jour

m faire le tien ( i J »

(j) Tome II, {ia|^ a^i-

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