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« princes. » Il indique « le mérite ou la bassesse des « écrivains qui ont travaillé dans ce genre. » Il suit de siècle en siècle les révolutions de l'éloquence et des arts, dont il marque la décadence ou les progrès. Souvent il juge, « d'après l'histoire, «les hommes qui ont été loués, afin de mieux «connaître l'esprit des panégyristes et l'esprit «du temps. » Enfin, il termine cet ouvrage par des idées générales sur le ton qui lui « paraît «( convenable aux éloges des grands hommes (i). » Ce plan, tracé par l'auteur lui-même , fait voir que, dans un Essai ^ qui n'était au foud que la poétique du genre auquel il s'était livré toute sa vie, il embrasse une grande partie de l'histoire universelle. Aussi la critique n'a-t-elle pas oublié de reprendre la disproportion qui semble exister entre le tableau et l'immensité du cadre. Peut-être y aurait-il eu plus de justice à lui savoir gré d'avoir tenu beaucoup plus qu'il n'avait promis, en nous donnant, sous le modeste titre d'Essai sur les éloges, une magnifique galerie morale, politique et littéraire. Telle était la manière ample de Thomas : il ne traitait jamais une matière sans la considérer dans ses détails ,
(i) Tome I, paf^e la.
LXX HOTICE
souvent même sans l'épuiser ; mais ici on aime à le voir répandre tous les trésors de sa vaste érudition, on aime à le vou* se refuser au plus léger sacrifice, à l'égard des morceaux qu'il a choisis avec tant de soin, et prendre de ce qu'il compose une assez haute opinion pour n'en rien dérober au lecteur. Les grands personnages qui ont paru sur le théâtre du monde sont naturellement amenés sous ses pinceaux; l'œil exercé du connaisseur les retrouve avec d'autant plus de plaisir que presque toujours ils sont peints des couleurs qui leur conviennent. L'art de l'écrivain a su, par une longue habitude, se plier à la divei^ site des génies qu'il caractérise : son ton n'est pas le même en appréciant les riches peintures d'Homère et les esquisses sauvages , connues sous le nom de poésies erses, la concision nerveuse de Thucydide et la douceur de Xénophon, la diction soigneusement arrangée dlsocrate et la véhémence de Démosthène, l'imagination rêveuse de Platon et le sel piquant de Lucien , l'abondance fleurie et naturelle de Cicéron et l'éloquence sèche et fausse de Sénèque, la profondeur de Tacite et l'agrément de Pline-leJeune, l'élévation de Bossuet et l'harmonie de Fléchier, la dialectique de Bourdaloue et les grâces de Massillon , l'exactitude de Charles Perrault et la fi-
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w^ de Fontenelie, la précision méthodique de (l'Àlembert et la fougueuse originalité de Di^ derot.
Ou se doute bien que la littérature ancienne et la littérature française sont les deux parties traitées avec le plus de développement et de prédilection. Quoique V Essai sur les éloges soit Je plus considérable des ouvrages de Thomas, il est cependant celui où il y a le moins de monotonie. Il s'était tant de fob entendu reprocher ce défaut capital, qu'il ne négligea rien pour rompre l'uniformité de son style. D'ailleurs, les nombreux passages qu'il emprunte aux diffé- . rents auteurs qu'il passe en revue , jettent de la variété dans sa composition. Ces passages ont tous de l'intérêt, particulièrement ceux qu'il doit à Tbémiste, orateur de Constantinople, beaucoup moins connu qu'il ne mérite de l'être. Pour ne pas allonger cette notice, déjà fort étendue, nous rapporterons seulement quelques lignes sublimes de l'une de ses harangues. Elles sont relatives à la plainte mémorable de l'empereur qui fit les délices de Rome. « f ai perdu un jour ^ di- «sait Titus, car je n* ai fait aujourd'hui de bien a ^personne. Que dites-vous, prince! s'écrie l'ora- « teur. Non, le jour où vous avez dit une parole, « qui doit être la leçon éternelle des rois, ne peut