‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 30 sur 100 · LXXII NOTICE · texte numérisé non relu

LXXII NOTICE

« être un jour perdu. Jamais vous n'avez été plus « grand, ni plus utile à la terre (i). »

VEssai sur les éloges n'est pas sans doute exempt tout-à-fait des vices inhérents à la manière de l'auteur; mais cette manière est bien agrandie et bien perfectionnée. La diction, généralement saine et pure, est d'un écrivain trèsdistingué, mûri par l'expérience, parvenu à régler ses forces, qui reconnaît que grossir les traits, que charger les couleurs, c'est nuire à l'effet, et manquer ainsi le but auquel on veut atteindre. Cet ouvrage, l'un des monuments recommandables de notre littérature, met Thomas au premier rang des critiques. Il y est à la fois penseur éloquent et peintre habile : ses jugements, le plus souvent dictés par le goût, quelquefois même par une rare sagacité , sont médîtes avec une attention scrupuleuse , et le coloris de ses tableaux est le fruit de savantes combinaisons. Enfin , il fournit un exemple de tout ce qu'une belle ame peut ajouter au talent réuni au savoir, et de tout ce que la patience et Tes efforts peuvent obtenir de la nature. Voilà, sans contredit, des qualités peu communes; mais elles ne remplacent pas le génie qui d'un coup d'œil

(i) Tome 1, page a58.

SUR TUOAIAS. LXXIll

saisit dans un sujet les points de vue les plus féconds et les plus lumineux, et qui par son propre vol s'élève seul jusqu'à des conceptions oouvelles.

Le cardinal Maury, dans son Essai sur Véloquence de la chaire^ emploie près de quarante pages (i) à discuter avec mesure quelques méprises de Thomas à l'égard de Mascaron et de Bossuet, et quelques jugements hasardés en faveur de Voltaire, de Diderot et de d'Alembert. Ces taches légères et quelques autres, inévitables peut-être dans un livre qui renferme tant de choses, où d ailleurs on parle de contemporains et d amis, n'empêchent pas que ce même livre ne soit pour son auteur le fondement d'une réputation aussi durable que brillante.

L'ancienne police parait avoir retranché plusieurs passages de \ Essai sur les éloges y que l'on a restitués long-temps après, entre autres un fragment sur le cardinal de Richelieu. « Je ne « sais, dit M. de Fontanes dans l'article que nous «avons déjà cité (i), si Thomas n'aurait pas dû « des remercîments au censeur qui lui conseilla « cette suppression. Que voit-on en effet dans ce

(i) Tome II, pages iSô-igl.

(a) Voyez les pages xii et xxviii de cci

•Ite notice.

LXXIV IfOTICE

« fragment? tout, excepté ie génie de Richelieu. « On le condamne sans restriction sur des faits « isolés dont la cause n'est point encore bien c( éclaircie, et on sépare sa conduite des grandes a circonstances qui la déterminèrent. 11 fallait « montrer ce grand ministre entre le siècle de la a ligue dont il réprimait les dernières fureurs, « et le siècle de Louis XIV dont il préparait la « gloire. P

M. de Fontanes perd de vue que Thomas a balancé d abord avec beaucoup d'impartialité les louanges et les accusations dont le ministre ou, si l'on veut, le maître de Louis XIII est encore aujourd'hui l'objet ; que c'est après avoir retracé son caractère, son génie, son influence sur la monarchie et sur l'Europe, qu'il rapporte les moyens dont il se servit pour déployer un despotisme effrayant La censure fit retrancher le tableau de ces moyens odieux, par déférence pour les héritiers du nom du cardinal; mais il était plus facile de supprimer ce tableau que d'en combattre la vérité. Quelles que soient les circonstances impérieuses au milieu desquelles un homme d'état est placé, peut-on l'absoudre lorsque, foulant aux pieds la sainteté des lois, il transforme les juges en assassins, et sacrifie moins les ennemis de l'état que ses ennemis per-

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