‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 34 sur 100 · SUR THOMAS. LXXIX · texte numérisé non relu

SUR THOMAS. LXXIX

pOTlait toutes les attentions qu'admet une tête fortement occupée, et tous les procédés que Ton doit attendre d'un cœur noble. Il aidait volontiers de ses conseils les écrivains qui recouraient à lui; et, ce qui est plus rare, il ouvrait sa bourse àTinfortune. A une époque oii il jouissait à peine do nécessaire, il eut la générosité de voler au secours du jeune Malfilâtre, si intéressant par son génie poétique, par sa candeur, par sa détresse et par sa mort prématurée. L'exercice du cheval lui était recommandé; il en ressentait déjà les effets salutaires, lorsqu'il y renonça pour subvenir aux frais d'éducation d'un jeune homme de sa province, d'une famille alliée à la sienne. Dans la suite, des amis puissants, dont jamais il ne sollicita le crédit, lui procurèrent des moyens d'existence irop étendus pour la modération de ses goûts personnels, mais presque toujours insuffisants pour les besoins que lui créait sa bien* faisance. On devine aisément jusqu'où la délicatesse de ses soins était portée envers les parents qui vivaieut avec lui, surtout envers sa mère.

Lorsqu'il perdit cette dernière, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, il était à Forcalquier. Laissons parler sa profonde douleur dans un fragment de réponse à Barthe, qui lui avait annoncé cette triste nouvelle. « H y a dix-sept jours

LXXXIV KOTfCK

dent sont racontés dans une lettre de Thomas à madame Necker(i).

Pendant sa convalescence , Ducis composa une épttre à V amitié j qu'il lut le 3o août, dans une séance publique de l'Académie de Ljon, au milieu d'une brillante assemblée. Il y rappelait les soins touchants qu'il avait reçus de son ami^ et, près de quitter ce dernier, il le recommandait à la douceur du climat de Nice, que ^ mauTaise santé lui rendait nécessaire vers les approches de l'automne. Il disait :

Tu pars. Climats heureux ! je le confie à vous; Zéphyrs , apportez-lui vos parfums les pires doux; De vie et de bonheur chargez l'air quiil nespin ; Peur prix de tos bienfaits , vous enieiidres sa lyre.

Ces vœux poétiques ne fiurent point exaucés. La mort presque subite de Barthe, le péril inaminent que Ducis avait couru étaient des secousses trop violentes pour la complexion si fragile de Thomas. Attaqué d'une fièvre maligne, les premiers symptômes en furent si menaçants , que M. de Montazet, qui était membre de l'Académie française , le fit transporter sur-le-champ dans son château, où toutes les ressources de la médecine

(i) Tome VI , lettre du 27 juin 1785, page 493.

Page 1